Que peut-on lire sur Jésus en 2012 ?

Dès l’éditorial du magazine le ton est donné par Frédéric Lenoir: le message de Jésus est actuel car « il constitue l’une des sources les plus profondes des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité de notre monde moderne » (p. 3).

J’aime toujours lire les parutions récentes au sujet de Jésus. Comment ne pas être intéressé par le regard que portent nos contemporains sur Celui par qui et pour qui tout a été créé ? Ici, ce sont essentiellement des écrivains et des philosophes de spiritualités multiples qui nous livrent leur lecture de l’Evangile.

Des avis constructifs et originaux…

D’abord, j’ai apprécié des méditations intéressantes et profondes sur des aspects de l’enseignement de Jésus comme la justice, l’amour plus fort que tout, le partage, l’égalité… C’est bon de se rappeler cela, de ne pas en faire des anecdotes sous couvert de la grâce seule car on risque alors de ne pas faire d’effort, voire de se vautrer dans la médiocrité. Banaliser l’école du Christ, c’est mépriser la grâce.

On se retrouve aussi face à des interprétations fantaisites de l’Ecriture, ou peut-être devrais-je écrire larges, relativistes. A cet égard, pour Bertrand Vergely, naître à nouveau (Jn 3.4), c’est “être invité à une mutation créatrice, [...] être capable de vivre les choses les plus simples de la vie avec amour, beauté et intelligence.” (p. 37) Mais à vrai dire, c’est plutôt bien de devoir exercer son esprit critique de temps en temps !

… mais sur un Jésus-philosophe

Bien sûr, Jésus est perçu comme un maître de vie, rien d’autre. Ainsi André Comte-Sponville, touché par le contenu moral ou humain de l’Evangile, écrit « de cet homme-là, je ne dirai jamais de mal. […] Qu’il ait ressuscité, je n’y crois nullement. » (p. 84-85).

C’est toujours surprenant de lire combien les hommes et les femmes de ce temps sont sûrs de leur capacité à vivre à la manière du Christ. Oh, ce n’est pas uniquement dans ce hors-série du Monde des Religions ! Le vrai clivage n’est pas entre les croyants et les athées, mais entre ceux qui respectent la personne humaine et ceux qui ne la respectent pas. Mais, en sommes nous vraiment capables par nos propres efforts ? Je me demande parfois si une sélection des textes bibliques n’y est pas pour quelque chose dans cette interprétation.  « J’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien » a la lucidité de reconnaître Paul (Rm 7. 18). Peu d’approches de l’Evangile sont sensibles à cette dimension. Or, sans ce préalable de l’humilité que notre spontanéité est mauvaise et que Jésus vient nous sauver, nous arracher au non-amour, pas de possibilité de s’ouvrir à l’amour.

Une sélection de trois contributions qui tendent vers l’essentiel

- Dans notre folie, nous avons tendance à l’oublier : nous avons d’abord été faits pour Dieu. Sur « les pauvres vous les aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours » (Mt 26.11), Jacqueline Kelen écrit : «Les miséreux sont en grand nombre et c’est un devoir humain et chrétien de remédier à leurs souffrances. Mais, cette injustice ne doit pas occuper tout le champ de conscience de l’être humain au point de lui faire oublier la magnificence divine, au point de lui faire négliger la révérence, la louange, l’adoration dues au Seigneur. Une vie spirituelle ne se réduit pas aux œuvres charitables : l’amour du prochain ne dispense nullement de l’amour envers l’Eternel » (p. 58).

- Le spécialiste du bouddhisme Fabrice Midal décrit bien le retournement auquel la venue du Christ appelle. « On pense généralement que le christianisme correspond à apporter stabilité et paix et inviter chacun à être plus respectueux de l’ordre social et des liens familiaux. […] Mais le Christ parle une tout autre langue. […] Il en appelle à un séisme complet qui nous désapproprie de soi-même. […] Aujourd’hui encore le Christ est mis à mort parce que chaque jour nous choisissons le confort de nos habitudes de pensée et de comportement. Or la vérité que vient offrir le Christ est l’inconfort par excellence. » (p. 59).

De même Rémi Brague écrit « Dieu veut que nous soyons saints comme Lui est saint. Vaste programme… Et pas nécessairement agréable. Car nous nous complaisons souvent dans les chaînes auxquelles nous sommes habitués. Israël au désert regrettait les marmites de viandes de l’Egypte. Rien ne prouve que nous laisser arracher nos chaînes soit une partie de plaisir. » (p. 47)

- Mais surtout, il ajoute « qu’un chrétien n’est pas quelqu’un qui s’intéresse à un quelconque message, mais à une personne – Jésus-Christ en l’occurrence. Or une personne se caractérise par ce qu’elle dit, mais surtout par ce qu’elle fait.» (p. 46) C’est pourquoi il choisit cette parole : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis » (Jn 15.15). Plus qu’un enseignement, c’est l’orientation de toute une vie.

Bref, même si Jésus n’est pas vénéré comme personne toujours vivante (sauf dans quelques rares contributions), il fait toujours et encore couler beaucoup d’encre. Nombreux sont ceux que son côté révolutionnaire face aux prescriptions de pureté et à la Loi,  sa capacité à attester de l’existence d’un Dieu qui n’est pas un dieu présent grâce à la médiation d’instances (= abolir la religion) émerveillent. Et, c’est vrai, ça l’est ! Pourtant, il y a encore bien plus révolutionnaire et digne d’émerveillement :  découvrir en Lui le Dieu qui vient parmi nous !

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