J’approuve tous les efforts faits pour nous aider à mieux connaître l’Histoire. En particulier, quand le but est d’écrire des courtes biographies des grandes figures de l’histoire de l’Église.
Si aujourd’hui la France a un rayonnement limité et un impact négligé dans le milieu évangélique dominé par les cercles Anglo-Saxons, elle pourra toujours se prévaloir d’avoir produit au XVIè siècle le théologien qui a influencé d’un manière inimaginable la théologie des Protestants, et ce jusqu’à ce jour. Son nom est bien évidemment Jean Calvin (1509-1564). Contrairement à Martin Luther, Calvin a peu écrit sur lui-même, c’est donc au travers de ses lettres et manuscrits qu’il s’est dévoilé.
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Il parait que c’est à ses fruits qu’on reconnait un arbre.
Pour avoir étudié en cours d’histoire la vie de Jean Calvin, je ne suis pas persuadé qu’en faire mémoire est quelque chose de très positif.
Brûler des gens parce qu’ils ne pensent pas comme nous, me semble difficilement conciliable avec le message de l’Evangile .
D’ailleurs d’une manière général, les trois figures principales de la Réforme(Luther, Calvin, et Zwingli) n’avaient pas des vies très évangéliques. Il suffit de lire leurs écrits et de voir leurs actions pour constater qu’ils étaient animés d’un véritable haine :
Haine contre les catholiques, haine entre eux et haine contre les Juifs.
Rappelons que Luther et Zwingli ont quand même une part de responsabilité importante dans "la guerre des paysans" : le premier invitant les seigneurs à écraser les paysans que le second incitait au soulèvement. Bilan final : des dizaines de milliers de morts (et les catholiques romains n’y étaient pour rien ! C’était une guerre entre protestants : luthériens contre zwingliens ).
Quant aux propos de Luther sur les Juifs, ils ne sont certainement pas étrangers à l’antisémitisme qui s’est par la suite développé dans la culture allemande.
Pourquoi ne pas plutôt s’intéresser aux écrivains ecclésiastiques de l’Antiquité ? Ces derniers ont pourtant eu un rôle considérable dans l’histoire de l’Eglise à une époque où le canon biblique était beaucoup plus souple. Sans compter qu’au moins , eux, confirmaient leurs paroles par leurs actes et avaient bien souvent des vies beaucoup plus conforme à l’Evangile.
Quelques figures à découvrir : Ignace d’Antioche (dont il nous reste des lettres), Polycarpe de Smyrne (dont il nous reste une lettre mais surtout le compte rendu du martyr ), Irénée de Lyon, Origène. Et si on veut faire un peu de chauvinisme : Martin de Tours (qui à l’opposé de Jean Calvin a même risqué sa vie pour sauver un de ses opposants ) . Bien sur il y en a bien d’autres, mais ce sont les plus connus.
David, je comprends tout à fait ton insatisfaction face à un tel oubli des écrivains ecclésiastiques de l’Antiquité dans le milieu évangélique, et je la partage ! Ceci dit, je ne pense pas qu’il faille leur accorder de l’intérêt au détriment des réformateurs (qui eux-mêmes parfois sont méconnus ou mal connus). Tu cites le critère de l’arbre et du fruit que nous donne Jésus et je trouve cela très intéressant, même si je ne vais pas chercher ici à savoir si la vie de Calvin ou de Luther portait du bon fruit… Juste un mot au sujet de la guerre des paysans, il ne faut pas caricaturer la position de Luther dans cette crise. Luther a d’abord renvoyé dos à dos paysans et seigneurs, refusant son soutien aux uns comme aux autres (Exhortation à la paix, 1525). Les violences se sont poursuivies et comme il refusait l’alliance de son mouvement avec la révolution sociale, il s’est tourné vers les princes et autorités séculières légitimes. En revanche, je ne savais pas que Zwingli encourageait les paysans à la révolte. J’ai toujours entendu que ces derniers étaient influencés par Müntzer, lui-même converti aux idées réformatrices par Luther lors de la dispute de Leipzig et chassé par ce dernier de Wittenberg avec d’autres agitateurs comme les appelait Luther.
Mais laissons de côté le pape de Wittenberg et revenons-en à nos Pères de l’Eglise. Est-ce que tu as une explication au fait qu’ils soient tout simplement rayés de la liste des grandes figures du christianisme chez la plupart des évangéliques ? Je me demande si ce n’est pas une tendance amplifiée en France ou plus largement dans les pays de tradition catholique, une sorte de réflexe identitaire. Je me rends compte que les auteurs évangéliques anglo-saxons qui évoluent dans un univers où le catholicisme n’est pas majoritaire sont un peu moins complexés à ce sujet, ils citent moins difficilement un Irénée ou un Ignace (enfin, c’est peut-être aussi parce qu’ils ont beaucoup plus étudié la question que les Français – une façon polie de dire que dans ce champ de réflexion, les évangéliques français sont à la traîne, puis-je dire à la traîne puisque j’ai même l’impression qu’ils ne se sont pas mis en route…).
D’autre part, je ne connais pas en détail la vie de tous ceux que tu as cité mais je pense que tous n’étaient pas mariés, or aussi primaire que cela puisse paraître, je me demande si ça ne contribue pas à les décrédibiliser aux yeux des évangéliques. Quand je me dis qu’à chaque fois que j’ai entendu parler d’Origène – au culte ou ailleurs – c’était juste pour rire de celui qui a pris à la lettre Mt 19 : 12 et s’est châtré ! Lui, le théologien, le père de l’exégèse biblique, mérite mieux qu’une place dans notre mémoire pour ce qu’il avait (ou pas, en l’occurrence) sous la ceinture !
Bonjour David,
Merci d’avoir pris le temps de commenter l’article. Ça fait toujours plaisir d’avoir des retours.
Je dis "oui!" à la proposition de faire connaître des personnages moins connus. Je suis un grand fan de biographies et d’histoire (sans avoir l’érudition d’une Myriam). Par contre, je te trouve plutôt caricatural quand il s’agit de parler de Calvin, Luther et Zwingli. Tu as eu combien d’avis différents en cours?
Chaque fois que je lis Calvin, je suis impressionné qu’il défend à lui tout seul la plupart des positions évangéliques, et elles n’ont pas changé depuis. Quant à sa vie, tu fais évidemment référence à Michel Servette. C’est toujours l’exemple qui sort. OK, disons qu’il avait tort. Qui n’a jamais fait une erreur dans sa vie? Je te soumets l’idée que la biographie de chrétiens est justement intéressante quand elle ne cache pas les erreurs, les failles et les péchés. Cela nous permet d’apprendre par leur expérience.
Tu dis aussi:
Prenons Calvin que j’ai (un peu) étudié. Tu peux citer un exemple pour chaque affirmation ci-dessus?
PS. Concernant Calvin vs. Servette, cet article est utile: http://thegospelcoalition.org/blogs/justintaylor/2007/06/22/calvin-and-servetus/
Bonjour Stéphane,
Mais justement les biographies sont-elles toujours objectives ?
C’est une vraie question que je me pose, car parfois quand je discute avec certains chrétiens qui n’ont suivi des cours d’histoire que via un institut biblique, je suis toujours surpris de leurs affirmations.
Concernant ta demande, je ne l’oublie pas, par contre je ne pense pas pouvoir te répondre avant la fin aout : je vais bientôt partir pour deux colonies et je n’aurai pas le temps de le faire entre les deux.
D’ici là passe de bonnes vacances (si tu en as ? )
Salut David,
Effectivement c’est la difficulté particulière des biographies. Beaucoup ne citent aucune source ou en tout cas aucune source primaire. Exemple du premier cas, cette biographie de William Carey: http://notreeglise.com/2011/11/07/livre-william-carey-la-force-de-lappel/
Mais j’interprète cela en disant qu’il faut de meilleures biographies, et non pas en disant que la vie de ces hommes n’est pas digne de nous inspirer et nous apprendre beaucoup de choses.
J’attends donc ton retour sur ma question précédente. En attendant, bonnes vacances. Pour ma part, je n’en ai pas. C’est la période des travaux à l’IBG. 6 semaines de "travaux forcés"!
Bonjour Myriam,
En fait je pense que la question dépend surtout de la manière dont on envisage le rôle des biographies.
Bien entendu l’Eglise traversait une grave crise à cette époque et les Réformateurs ont eu un rôle considérable qu’on ne peut pas leur dénier. Leur action a vraiment été très profitable à tous les chrétiens (y compris aux catholiques romains!) et sur ce point nous leur sommes très redevables. Mais pour moi une biographie c’est avant tout un exemple de vie chrétienne (c’est dans ce but qu’elles étaient écrites à l’origine), or justement même si leur action a été très profitable à l’Eglise, les vies des Réformateurs "connus" le sont beaucoup moins.
A mon sens il y a des Réformateurs beaucoup moins connus (mais qui ont pourtant eu un rôle important) , notamment du côté de la Réforme radicale, et qui vaudraient plus la peine d’être présentés comme exemple. Ce n’est pas trop ma période de prédilection , je n’ai donc plus les noms en tête, mais je sais qu’un doctorant (chrétien évangélique lui aussi ) en histoire moderne (dont j’avais entendu parler par le GBU) travaille sur ces questions. Malheureusement je n’ai jamais pu directement le contacter (mais je ne désespère par de pouvoir le faire
)
Mais de toute façon il ne s’agit pas non plus d’idéaliser les écrivains antiques. Ce qui est vrai au temps de la Réforme, était aussi vrai à l’époque antique, et certains Pères de l’Eglise ont pu avoir un rôle capital et utile pour l’Eglise (en agissant pour la défense de la bonne doctrine ou pour la propagation de la Foi ) , tout en ayant malheureusement une vie peu conforme à l’Evangile ( les controverses doctrinales étant souvent très violentes verbalement … voir même physiquement). Cela nous ramène d’ailleurs à la question de l’élimination du paganisme à la fin de l’Antiquité , qui tout en étant un grand progrès pour l’humanité, s’est faite paradoxalement de manière très peu chrétienne ! (bien entendu cette remarque est aussi valable pour ce qui s’est passé au Moyen Age et à l’époque moderne).
Pour ce qui est du rapport des évangéliques avec les grandes figures du christianisme, je pense que c’est simplement du à un désintérêt pour l’histoire, lié à une certaine théologie trop individualiste. On pense que la Bible s’explique entièrement par elle-même et que chacun peut la comprendre "tout seul". Du coup s’intéresser aux écrivains chrétiens du passé n’est plus vraiment utile. A mon sens c’est une erreur. La révélation écrite s’est faite dans un contexte bien précis, et il est à mon sens important de prendre en compte cela pour éviter de mauvaises interprétations. Etudier la Bible tout seul est très profitable et édifiant mais il ne faut pas négliger le rôle de l’Eglise instituée par Jésus. En ce sens les écrivains anciens peuvent nous apporter des informations très utiles pour mieux comprendre certains passages.
De plus si il y a autant de livres historiques dans la Bible, ce n’est pas un hasard : l’Histoire de l’Eglise est aussi une source très riche d’enseignements.
Pour ce qui est du mariage, c’est effectivement une question intéressante . Cela mériterait d’être creusé plus en détail mais je pense qu’historiquement on est passé d’un extrême à l’autre ( un peu comme notre rapport à la Bible) . Très vite dans l’Eglise (je dirais dès la fin du II ème siècle), la sexualité a été tellement dévalorisée (cf la position de Clément d’Alexandrie) que le mariage lui-même s’est retrouvé connoté très négativement. Cette tendance s’est particulièrement accentuée en Occident et a particulièrement marqué l’Eglise romaine (cf les commentaires de Jérôme sur le mariage) . Du coup par contrecoup, les protestants sont simplement partis dans la direction inverse. A mon sens, la vérité est entre les deux, ce qui se retrouve bien dans les épitres de l’apôtre Paul.
Chacun a une vocation particulière et doit faire en fonction de cela, sans être jugé par les autres. Certains sont appelés à être célibataires, d’autres à se marier, mais chacun doit pouvoir servir Dieu dans et par sa situation.
En tout cas, si tu parviens à joindre le doctorant en histoire de la Réforme radicale, tu me le dis ! Je voulais aussi travailler là-dessus si j’avais fait un master. Sinon, je te propose de poursuivre sur ce sujet par mail, ça évite d’avoir deux conversations en parallèle…
Ca m’a fait pensé à cette discussion : http://thegospelcoalition.org/book-reviews/review/the_great_tradition_of_christian_thinking
Je suis en train de le lire, je vous dirai !