Je viens d’achever Le prix à payer de Joseph Fadelle, succès de librairie à l’automne 2010.
Lors de son service militaire, Mohammed, jeune musulman irakien issu d’une grande famille chiite, découvre avec effroi que son voisin de chambrée est chrétien. Une relation paradoxale se noue entre les deux hommes. Mohammed en sortira métamorphosé. Revenu à la vie civile, il n’aura qu’une idée en tête : se convertir au christianisme. Une pure folie ! Pour ses parents et ses proches, c’est impensable. En Islam, le changement de religion est un crime. Tout est mis en oeuvre par son clan pour le faire revenir sur sa décision. Rien n’y fait. Après les intimidations et les coups, viennent la prison et la torture… Mohammed, devenu Joseph par son baptême, vit un long calvaire mais ne cède pas. Une fatwa est prononcée contre lui. Ses frères lui tirent dessus, en pleine rue. Grièvement blessé, il s’effondre…
Le prix à payer est une histoire vraie. Joseph Fadelle vit en France avec sa famille depuis 2001. Il est désormais citoyen français.
Un homme qui a rencontré Jésus
«Ayez une bonne conduite au milieu des païens. Ainsi, dans les domaines mêmes où ils vous calomnient en vous accusant de faire le mal, ils verront vos bonnes actions et loueront Dieu le jour où il interviendra dans leur vie. » (1 P 2.12) C’est ce qui me vient spontanément à l’esprit à la lecture de Joseph Fadelle. Mieux qu’aucune autre, son histoire montre la puissance du témoignage d’une vie fidèle aux enseignements de Jésus. L’auteur observe toujours avec suspicion Massoud, son voisin de chambrée chrétien, bien qu’il ait remarqué qu’un «je ne sais quoi de séduisant se dégage de sa personnalité». (p. 15) Il n’a alors plus qu’une idée en tête : découvrir « le secret de Massoud.» (p. 16) Il ne tarde pas à finir le nez dans les Evangiles. Tout n’est pas évident dans son parcours : Fils de Dieu, cela est totalement impensable pour un musulman ! Pourtant, la communion au Christ «comble son cœur au-delà de l’imaginable» (p. 177). Il faudrait le lire pour avoir des détails…
Mais, selon sa belle expression, «nul ne devient jamais chrétien sur un tapis de rose.» (p. 98) Les mises à l’épreuve se sont multipliées, mais l’auteur a aussi entendu que c’est par la persévérance qu’on obtient la vie (Lc 21.19).
Pourtant, le livre refermé, quelque chose me retient d’être tout à fait dans l’action de grâce. Je ne tarde pas à comprendre pourquoi…
Des idées réductrices véhiculées sur le Coran
J’aime le fait qu’on puisse discuter une question, qu’il y ait des avis divergents. Bref, que l’accusé puisse répondre. Or, Le prix à payer, évidemment, nous donne à voir l’islam à travers le regard d’un chrétien persécuté… Hélas, comme je n’ai pas de connaissance du Coran et de l’islam, je suis tributaire à cet égard d’un article de la revue de Téhéran*, une réponse au témoignage de Fadelle. J’en reproduis un passage, à propos de la réflexion personnelle dans l’islam :
« Autre idée fausse véhiculée par Joseph Fadelle dans son ouvrage, l’idée que l’islam prohiberait toute réflexion et recherche dans le domaine de la religion : « Les imams m’ont toujours enseigné que c’est la lecture du Coran de bout en bout qui sera récompensée au jour du jugement, beaucoup plus que la compréhension du texte. Ainsi, le déchiffrage d’une seule lettre permet d’avancer dans la piété, de gagner dix indulgences, même si on ne saisit pas le sens du mot entier. » (p. 24). Lorsqu’il décide de relire le Coran, il écrit : «J’aurais dû me méfier, et écouter la recommandation, tirée d’un verset du Coran, de ne pas approfondir ce qui peut perturber la foi.» (p. 27). Il attribue donc cette idée directement à un «verset du Coran», qu’il s’abstient cependant de citer. Au contraire, l’une des caractéristiques du Coran est justement son invitation continuelle à la réflexion et à la compréhension : « [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent ! » (38:29) ; «Très certainement Nous avons exposé [tout ceci] dans ce Coran afin que [les gens] réfléchissent.» (17:41) ; « En effet, Nous avons rendu le Coran facile pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ? » (54:17), etc.
Une simple étude de l’histoire de l’islam permet également de se rendre compte de la masse de commentaires écrits à propos du Coran et des différents aspects de la religion en vue d’en comprendre les différentes significations, et ce tant dans les milieux chiites que sunnites. L’immense littérature d’ouvrages religieux et de commentaires ne s’est pas tarie et continue de constituer le sujet de nombreux écrits jusqu’à aujourd’hui. La source principale de dissension en islam n’a donc pas été le caractère licite de la réflexion à propos de la religion ou du Coran, acceptée par tous sauf à de rares moments de l’histoire, mais bien la façon et la méthode utilisée pour commenter le Coran ou plus généralement pour mener une vraie réflexion religieuse.
Nous observons le même recours à des réductions abusives constituant parfois même une insulte aux fidèles de toute une communauté religieuse, notamment lorsque Joseph Fadelle […] relit la biographie de Mohammad et en conclut qu’elle n’est qu’«une accumulation d’adultères, de vols » (p. 30).»
On ne prouve pas le bien-fondé de sa foi en détruisant la religion de l’autre
Je ne suis pas la démarche de Fadelle : dénigrer l’islam pour mieux appeler à la conversion au Christ. C’est pourquoi, j’ai cité le long passage plus haut. M. Fadelle avance que l’islam n’invite pas à la réflexion personnelle – ce qui est nuancé par la riposte ci-dessus, d’ailleurs – mais est-ce une raison suffisante pour choisir le christianisme ? Après tout, je pense qu’un bon club de philo proposerait aussi une réflexion intellectuelle stimulante… A plusieurs reprises, c’est pourtant le chemin qu’il emprunte pour justifier le fait que ses compatriotes devraient se détourner de l’islam… Il pointe «l’absence de liberté» (p. 219), intrinsèque selon lui à l’islam, pour expliquer qu’il voudrait que toute la société irakienne devienne chrétienne. Sans chercher ici s’il y a vraiment ou non absence de liberté dans l’islam, pourquoi est-ce que cela devrait encourager les Irakiens à devenir chrétiens? On peut très bien se détourner de l’islam, œuvrer pour plus de liberté comme le souhaite M. Fadelle, sans devenir chrétien. De même, le cas fameux du statut de la femme est éclairant. L’auteur argue en faveur du christianisme sous prétexte qu’il réserve un meilleur sort aux femmes (p. 28). Ainsi, Anouar, épouse de l’auteur, «en vient à délaisser le Coran. Elle ne peut plus croire un livre qui, affirme-t-elle, traite aussi durement les femmes.» (p. 74) Ce n’est pas l’objet ici de déterminer laquelle des deux a un statut plus enviable, de la musulmane ou de la chrétienne. En revanche, depuis quand est-ce qu’on exhorte un musulman, ou tout autre personne d’ailleurs, à se convertir pour un motif de l’ordre des droits de l’homme ? Sans sarcasme, le réseau « Osez le féminisme » est aussi assez ambitieux côté droit de la femme !
Bref, tout à coup me vient un doute. Joseph Fadelle nous fait part de sa tristesse au sujet des siens qui continuent à « vivre dans l’obscurité.» (p. 219) Mais, qu’est-ce que l’obscurité ? Sans doute, oui, l’on peut considérer comme «obscur » l’absence de réflexion ou de liberté, ou encore le souci exagéré de la réputation familiale que l’auteur dénonce… Mais, l’obscurité dont parle la Bible et celle qui doit nous conduire à suivre Jésus n’est pas celle-ci.
Le Seigneur Jésus dit à Paul : « Tu devras ouvrir les yeux [des païens], vers lesquels je t’envoie. Tu devras leur ouvrir les yeux et les faire passer des ténèbres à la lumière et du pouvoir de Satan à Dieu pour qu’en croyant en moi, ils reçoivent le pardon de leurs péchés et une part d’héritage avec ceux qui appartiennent à Dieu. » (Ac 26.17-18) Dieu est lumière ( Jn 8.12 ; 1 Jn 1.5) et l’obscurité est notre désir de vivre de façon indépendante, centrée sur nous-mêmes, cela se manifeste dans un tas de comportements, et personne n’y échappe (Rm 3.23). Bien sûr que les actes dont a été victime l’auteur en font partie, mais le militant dévoué d’une association humanitaire qui imaginerait pouvoir sauver le monde par plus de partage ou encore un homme sage qui penserait trouver dans ses propres raisonnements le sens de la vie, sont aussi dans l’obscurité. L’obscurité dont nous prenons conscience en nous tournant vers Jésus, c’est donc d’être séparé du Créateur. Ce qui fait alors notre joie, c’est que Christ, par sa mort et sa résurrection rétablit notre lien avec Dieu (1 P 3.18 ; Jn 1.12).
Pas la peine de caricaturer défavorablement l’islam pour rendre Jésus attrayant ou nécessaire ! Serait-ce moins urgent ou moins décisif de témoigner de notre foi si nous étions entourés de penseurs éclairés ou de spirituels tels Ibn ‘Arabî ou Râbi’a al-‘adawiyya (personnages que je vous encourage à découvrir, au passage)? Si nous croyons que l’Ecriture nous révèle ce que nous pouvons connaître de Dieu, non. «En effet, il y a un seul Dieu, et de même aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, un homme : Jésus-Christ.» ( 1 Tim 2.5) «C’est en lui seul que se trouve le salut. Dans le monde entier, Dieu n’a jamais donné le nom d’aucun autre homme par lequel nous devions être sauvés.» (Ac 4.12)
Examinons bien pourquoi nous souhaitons que l’Evangile soit accueilli. Pour plus de tolérance, de libéralisme, d’égalité homme-femme… ? C’est faire fausse route.
Bilan : Le prix à payer (en format poche pour 6,37€) nous plonge dans la course d’un homme qui aime Jésus et qui l’a payé dans sa chair, lui qu’on apostrophait « seigneur » en raison de son appartenance à l’une des plus grandes familles de l’aristocratie chiite n’a pas renoncé à marcher dans les pas de son maître (Ph 2.6-11). Mais comment ne pas déplorer qu’il ait préféré s’appesantir sur ce que sa famille n’a pas fait pour lui au lieu de rappeler ce que le Fils de Dieu a fait pour lui ?

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