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LIVRE : "Je crois en l’homme" (le Pape François)

Le cardinal Jorge Bergoglio dans la métro de Buenos Aires en 2008.

Le cardinal Jorge Bergoglio dans le métro de Buenos Aires en 2008.

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Vade retro, Satanas ! Non, plus sérieusement cher lecteur, il paraît que les bouquins du pape François se vendent comme des petits pains. Je crois en l’homme, paru le 12 avril, s’était déjà écoulé à 40 000 exemplaires à la mi-mai. Alors comme on est des gens qui manifestent un intérêt pour l’actualité, hein, on va pas s’priver d’se faire une idée de ce qu’il y a dans ces best-sellers! Surtout si quelqu’un en a lu un pour vous.

 Je crois en l’homme, ça parle de quoi ?

Le livre n’est pas de la main du pape. C’est un recueil d’entretiens menés par deux journalistes et paru en Argentine en 2010 alors que Jorge Bergoglio (n’) occupait (que) la charge de cardinal de Buenos Aires.

Au cours des conversations, on apprend comment les grands-parents de Jorge sont arrivés en Argentine, comment se sont connus ses parents, quel a été son premier job, pourquoi il a rompu avec sa fiancée, mais encore qu’il a été attiré par la Compagnie de Jésus (= les jésuites) pour «son caractère de bras armé de l’Eglise, fondé sur l’obéissance et la discipline, et parce qu’elle avait une vocation missionnaire» (p.45) ; en passant par la poésie qu’il affectionne, le tableau qu’il préfère, les auteurs ou les films qu’il estime (respectivement pour satisfaire votre curiosité : celle de Hölderlin, La crucifixion blanche de Chagall, Les Fiancés de Manzoni, Dante, Dostoïevski, Maréchal, Borges, Le Festin de Babette)…

Puis, sont abordés les sujets qu’on dirait plus « sérieux » : le travail, l’éducation, le pardon, la mondialisation… On y reviendra.

Enfin, de nombreuses pages sont consacrées à l’état de la nation argentine et à l’attitude du clergé durant la dernière dictature. Je n’aborde pas cet aspect national dans la recension car je ne connais pas assez les faits sur lesquels s’exprime Bergoglio pour profiter de ses commentaires.

Je crois en l’homme, un titre pareil, et c’est d’un pape vous m’dites !

Moi la première, je n’ai pas pu contenir un petit rire sarcastique, «je crois en l’homme, manquait plus que ça…». En fait, le titre originel est El Jesuita (Le Jésuite) et il sied beaucoup mieux au contenu que le titre médiatique et commercial de l’éditeur français.

9782081308510Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je m’attendais à pire avec un tel titre. J’ai été très surprise par la facilité avec laquelle le cardinal emploie le mot de péché. Je lis pas mal de littérature catholique et je grince souvent des dents face au tabou, à toutes les précautions dont l’emploi du mot est victime.

Pour ne citer qu’un exemple, quand on l’interroge sur des problèmes de la politique économique (p.116), Bergoglio répond spontanément : «je dirais que, sur le fond, il s’agit d’un problème de péché. Depuis un certain nombre d’années, l’Argentine vit dans le péché parce qu’elle ne s’occupe pas de ceux qui n’ont ni pain ni travail. Nous sommes tous responsables. Je le suis en tant qu’évêque. C’est l’affaire de tous les chrétiens.» (Précision: il ne se contente pas de dire cela mais développe ensuite une solution politique construite). Ça n’a l’air de rien, mais ce n’est pas souvent que j’entends un catholique sortir le mot péché de but en blanc, sans complexe.

Ceci étant dit, rien de nouveau sous le soleil. C’est toujours la même affaire. Le cardinal manifeste sa foi en l’action humaine, associée à celle de la grâce de Dieu, pour l’obtention du salut.

Petit rappel :

Contre les pélagiens qui insistaient sur la volonté humaine pour l’obtention du salut, saint Augustin avait déjà rappelé au début du Ve siècle que la perfection de l’homme ne peut provenir que de la grâce de Dieu, reçue comme un don de sa miséricorde, et qu’elle ne saurait être obtenue «par le libre ou plutôt le serf arbitre de la volonté propre» (Contre Julien, II, 8, 23).

Cette question retrouve toute son acuité avec la Réforme, onze siècles plus tard. En 1524, Érasme publie un traité, qu’il qualifie de diatribe, précisément intitulée Du libre arbitre. L’humaniste, […] y affirme que la volonté de l’homme contribue efficacement à son salut. L’année suivante, en décembre 1525, Luther publie en réplique De servo arbitrio (Du serf arbitre), inaugurant ainsi la querelle moderne sur la grâce, qui divise encore les confessions chrétiennes aujourd’hui. (extrait de l’article "Du serf arbitre, livre de Martin Luther", encyclopédie universalis)

Alors oui, encore une fois, j’ai été agacée par cette foi en la perfectibilité de l’homme livré à lui-même. Agacée par cette frontière mouvante, peu claire, entre ce qui est offert en Dieu au croyant et ce qui permet à l’athée de quand même «s’en sortir».

Mais j’insiste, comme la conscience morale des cultures progresse, la personne aussi, dans la mesure où elle souhaite une vie plus droite, affine sa conscience, et c’est un fait non seulement religieux mais humain. (p.95)

A la question de savoir s’il a des raisons solides d’espérer, le futur pape répond :

Pour moi, l’espérance est dans la personne humaine, dans ce qu’elle a dans le cœur. Je crois en l’homme. Je ne dis pas qu’il est bon ou mauvais, mais je crois en lui, en la dignité et la grandeur de la personne. La vie nous pose au fil du temps des questions morales, et nous mettons, ou non, nos principes en pratique, parce que nous nous trouvons parfois piégés par les circonstances et que nous succombons à nos faiblesses.(p.190)

Bref, la régénération en Christ, juste la cerise sur le gâteau?

L’homme continue d’avoir des attitudes altruistes, d’écrire de très belles choses, de faire de la poésie, (..) et de développer la recherche scientifique. Comme je crois à l’avenir du point de vue humain, j’y crois encore plus dans une perspective chrétienne, à partir de présence du Christ parmi nous. (p.192)

Et, quand on demande à Jorge ce qu’il sauverait en premier lors d’un incendie, on est un peu déçu qu’il pense plus à son bréviaire qu’aux saintes Ecritures. C’est le livre liturgique qu’il ouvre en premier le matin et referme en dernier avant de s’endormir. (p.140)

De A à Z, ce que pense Jorge Bergoglio (alias  pape François) de…

Maintenant, puisque c’est sans doute un livre qui ne passera pas entre toutes les mains, je laisse une large place aux citations. Et, ne disons pas «bagatelle, c’est François qui parle ! », mais lisons avec discernement !

Appel au sacerdoce

«Ce fut la surprise, la stupeur d’une rencontre. J’ai compris qu’on m’attendait. C’est ce qu’on appelle l’expérience religieuse : la stupeur de se trouver devant quelqu’un qui vous attend. A partir de là, pour moi, Dieu a été celui qui «m’a trouvé en premier». Je le cherche, mais lui aussi me cherche. Je désire le trouver, mais Lui «me trouve en premier.» » (p.44)

Autorité

«Quand on retire de l’autorité, on retire un espace pour l’évolution. Autorité vient de augere, qui signifie faire croître. Avoir de l’autorité, ce n’est pas faire acte de répression. La répression est une déformation de l’autorité qui, si elle est exercée avec justesse, implique de créer un espace pour que la personne puisse évoluer. (le terme) est devenu synonyme de «c’est moi qui commande ici». C’est curieux, mais quand le père ou le maître commence à dire : «c’est moi qui commande ici» ou «ici c’est moi le maître», c’est qu’il a perdu son autorité. Alors il doit la raffermir en utilisant la parole.» (p.67)

Education

«Pour éduquer, il faut tenir compte de deux réalités: la zone de sécurité et la zone de risque. On ne peut pas éduquer à partir de la seule zone de risque, ni en ne se basant que sur les zones de confort. (…) Je commence à marcher le jour où je suis sensible à ce qui me manque; si rien ne me manque, je ne marche pas. » (p.58)

Eglise

«Dans la situation actuelle, l’Eglise a besoin de transformer ses structures et ses approches pastorales en les orientant vers le geste missionnaire. Nous ne pouvons pas persévérer dans le clientélisme et attendre le «client», le fidèle ; il nous faut des structures qui nous permettent d’aller vers ceux qui ont besoin de nous, là où sont les gens, vers ceux qui répugnent à frayer avec des structures et des formes caduques, qui ne répondent pas à leurs expectatives ni à leur sensibilité. Il faut (…) passer d’une Eglise «régulatrice de la foi» à une Eglise qui transmet et facilite la foi.» (p.83-84)

Erreurs et discernement 

«Ce qui me fait le plus mal, c’est de ne pas avoir été compréhensif et impartial. Dans la prière du matin, au moment des requêtes, je demande à être compréhensif et impartial, après quoi je continue à demander des tas de choses qui ont plutôt à voir avec les défections de mon parcours. Ce que je veux, c’est atteindre la miséricorde, la bonté interprétative. Mais, j’insiste, j’ai toujours été aimé par Dieu, qui m’a relevé après chaque chute tout au long du chemin ; il m’a aidé à le parcourir, surtout ces étapes les plus dures, et c’est ainsi que j’ai appris. Dans certaines circonstances, au moment d’affronter un problème, je me trompe, j’agis mal et je dois revenir en arrière et m’excuser. Au fond, cela me fait du bien parce que l’expérience m’aide à comprendre les erreurs des autres. […] J’avoue que, d’une façon générale et vue mon tempérament, la première réponse qui me vient à l’esprit n’est pas la bonne. Devant une situation, la première solution à laquelle je pense n’est jamais la bonne. C’est curieux, mais c’est ainsi que ça se passe. J’ai appris à me méfier de mes premières réactions. Une fois calmé, après être passé par le creuset de la solitiude, je suis plus près de ce qu’il faut faire. Mais personne n’échappe à la solitude des décisions. Vous pouvez demander un conseil, mais c’est vous qui devez décider. On peut faire beaucoup de mal avec les décisions que l’on prend. On peut être très injuste. C’est pourquoi il est si important de s’en remettre à Dieu. » (p.53-54)

Famille

«Lorsque de jeunes parents viennent se confesser, je ne manque jamais de leur demander s’ils jouent avec leurs enfants. Ils sont parfois surpris parce qu’ils ne s’attendaient pas à une telle question, mais souvent ils reconnaissent qu’ils ne se l’étaient jamais posée. Beaucoup partent au travail alors que leurs enfants ne sont pas réveillés et reviennent alors qu’ils dorment. Et à la fin de la semaine, épuisés, ils ne s’en occupent pas comme ils devraient. Le vrai loisir suppose que la mère et le père jouent avec leurs enfants. » (p.33)

Foi

«L’Eglise prêche ce qu’elle considère être le meilleur pour chacun (…). Des réductions dégradentes sont assez fréquentes. Je m’explique, l’important, dans un prêche, c’est l’annonce de Jésus-Christ qui, en théologie, s’appelle le kerygma. Ce terme signifie que Jésus-Christ est Dieu, qu’il s’est fait homme pour nous sauver, qu’il a vécu dans le monde comme chacun de nous, qu’il a souffert, qu’il est mort, qu’il a été enterré et qu’il est ressuscité. Voilà ce qu’est le kerygma, l’annonce du Christ qui provoque la stupeur, qui mène à la contemplation et à la croyance. Certains croient immédiatement, comme Madeleine. D’autres croient après avoir douté. Et d’autres encore ont besoin de mettre le doigt sur la plaie, comme Thomas. (…) La foi, c’est la rencontre avec Jésus-Christ." (p.95-96)

Jésus 

« Je dirais que ce serait grave si cela [=la religion à la carte en vogue de nos jours] exprimait l’absence d’une rencontre personnelle avec Dieu. Je pense qu’il faut réinventer le fait religieux en tant que mouvement visant la rencontre avec Jésus-Christ. » (p.88)

Journalisme

«Parfois les médias ne retiennent que l’aspect conflictuel, approche pourtant très partielle. Pour moi, la désinformation est l’attitude la plus dangereuse, car dire seulement une partie de la vérité étourdit et désoriente le récepteur. La diffamation et la calomnie sont moralement plus graves que la désinformation, mais sans doute moins néfaste sur le plan de la rencontre.» (p.125)

Martyre

« Vous ne pouvez pas nier qu’au cours de ses deux mille ans, l’Eglise a manifesté le martyre comme chemin de sainteté (le journaliste).

- Il faut préciser une chose : parler de martyrs veut dire parler de personnes qui ont laissé un témoignage, jusqu’à la fin, jusqu’à la mort. «Ma vie est un martyre» devrait signifier «ma vie est un témoignage.» Or de nos jours, cette idée est associée à la cruauté. (…) le terme, si je peux me permettre a été minimisé. Mener une vie chrétienne, c’est donner un témoignage dans la joie, comme le faisait Jésus.» (p.39-40)

Mort

« (…) la volonté de notre société (est) de camoufler la mort. (…) c’est également le cas de cimetières qui sont devenus des musées, des œuvres d’art, de beaux endroits, tout ça pour dissimuler le drame qui se trouve en arrière-plan.

Pensez vous à votre propre mort ? (le journaliste) – Ça fait longtemps que c’est devenu une compagnie quotidienne.» (p.42)

Pardon

«Il est très difficile de pardonner sans se référer à Dieu, car la capacité de pardonner ne survient que si l’on a soi-même déjà été pardonné. Et, généralement, cette expérience, nous la tenons de Dieu." (p.157)

Pasteur ou peigneur ? 

«Je crois sincèrement que le rôle essentiel de l’Eglise, aujourd’hui, (…) est de sortir et d’aller vers les gens, de connaître chacun par son nom. Non seulement parce que c’est sa mission, sortir pour annoncer l’Évangile, mais parce que ne pas le faire lui est dommageable. Une Eglise qui se contente d’administrer est repliée sur elle-même, est dans la même situation qu’une personne enfermée : elle s’atrophie au physique et au mental. Elle se détériore, comme une pièce close envahie par la moisissure et l’humilité. Une Eglise qui ne parle que d’elle vit la même chose qu’une personne qui ne pense qu’à elle, elle devient paranoïaque, autiste. Il est vrai qu’en descendant ds la rue on risque, comme n’importe qui, d’avoir un accident. Mais je préfère mille fois une Eglise accidentée plutôt qu’une Eglise malade. (…) le berger qui s’enferme n’est pas un véritable pasteur, mais un «peigneur» qui passe son temps à faire des frisettes au lieu d’aller chercher de nouvelles brebis.» (p. 80-81)

Péché

«Pour moi, se sentir pécheur est un des plus beaux sentiments qu’une personne puisse éprouver, à condition de l’assumer jusqu’au bout. Je m’explique: Saint Augustin, en parlant de la rédemption et en pensant au péché d’Adam et Eve, à la Passion et la résurrection de Jésus, commentait : «heureux péché qui nous valut la rédemption.» (…) quand un être prend conscience qu’il est pécheur et qu’il est sauvé par Jésus, il s’avoue cette vérité et découvre la perle cachée, le trésor enterré. Il découvre une nouvelle dimension de la vie : il existe quelqu’un qui l’aime profondément et qui a donné sa vie pour lui.

Il y a des gens qui pensent être justes, qui, d’une certaine manière, acceptent la catéchèse, mais qui n’ont pas expérimenté le salut. Que l’on vous raconte qu’un jeune garçon était en train de se noyer dans un fleuve et que quelqu’un s’est jeté à l’eau pour le sauver est une chose, que quelqu’un assiste à la scène en est une autre, mais si moi-même, je suis en péril et que l’on me sauve de la noyade, la perspective est tout autre. Certaines personnes qui ont entendu l’histoire n’ont pas vu, n’ont pas voulu voir, ou n’ont pas voulu savoir ce qui arrivait à ce garçon, ils ont suivi la tangente pour esquiver le sujet de la noyade ; par conséquent, ils n’ont aucune idée de ce que c’est en vérité. Seuls, nous, les grands pécheurs, possédons cette grâce. J’ai l’habitude de dire, comme le souligne Saint Paul, que notre état de pécheur est notre unique gloire (…) le péché assumé avec justesse est le lieu d’une rencontre intime avec Jésus-Christ le Sauveur, de la redécouverte du sentiment profond qu’il a envers moi. Enfin, c’est la possibilité de vivre la stupeur d’avoir été sauvé.» (p.108-110)

Prière 

« Je dois me mettre en présence de Dieu et, aidé par sa Parole, progresser dans ce qu’il voudra. Le cœur de tout cela, c’est la prière, et c’est un des points qui, selon moi, doit être abordé avec davantage de courage. » (p.50)

Sexualité

«L’Eglise ne s’oppose pas à l’éducation sexuelle. Personnellement, je pense qu’elle doit accompagner l’évolution des enfants, avec une adaptation à chaque étape. (…) le problème, c’est qu’aujourd’hui, tous ceux qui brandissent la bannière de l’éducation sexuelle la conçoivent comme séparée de la personne humaine. Alors, au lieu d’avoir une loi sur l’éducation sexuelle pour le bien-être de la personne, au nom de l’amour, on a une loi destinée au plaisir génital. Telle est notre objection. Nous ne voulons pas que la personne humaine soit dégradée. Voilà tout. » (p. 101)

Théorie et pratique 

«Une certitude n’est pas seulement un conseil, une conviction intellectuelle, une phrase. C’est aussi un témoignage, une cohérence entre ce que l’on pense, ce que l’on sent et ce que l’ont fait. Il est fondamental (…) d’utiliser le langage de la tête, du cœur et des mains. Il existe des personnes qui sont peut-être limitées dans leur culture, en termes de connaissances, mais qui utilisent correctement trois ou quatre certitudes, je veux dire d’une façon cohérente, testimoniale (…). » (p. 60-61)

Travail

« Le problème, c’est que l’homme sans travail se sent misérable à ces heures de solitude, parce ce qu’il «ne gagne pas sa vie.» C’est pourquoi il est très important que partout dans le monde, les gouvernements, à travers des ministères compétents, cherchent à favoriser la culture du travail, plus que la culture de la générosité.» (p.31)

Unité de l’Eglise

«Je ne crois pas qu’on puisse, à l’heure actuelle, penser à la réunion, ou à l’unité totale, mais plutôt à une diversité réconciliée qui implique que l’on marche ensemble, en priant et travaillant ensemble, et qu’ensemble nous cherchions la rencontre dans la vérité.» (p.196)

Pour aller plus loin :

Pourquoi être chrétien ou une réflexion sur le bel essai de relativisme de Karen Armstrong

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J’ai découvert Karen Arsmtrong récemment dans un entretien titré: «Chacune à leur manière, les grandes religions ont développé une éthique de la compassion.*» J’ai beaucoup accroché avec sa façon de remettre à l’honneur ce concept universel de la compassion  dans le but de transformer le monde. Mais, paradoxalement, au lieu de me gagner au syncrétisme, cela m’a conforté dans mon choix de Jésus. Pourquoi ?

En résumé, la pensée de Karen Armstrong 

La Règle d’or (encore appelée éthique de la réciprocité) est une valeur commune à toutes les traditions religieuses, donc pas de risque de dictature idéologique. Et, elle est à la source de la paix (disons au moins d’une réduction sensible du nombre des conflits, ce qui n’est déjà pas négligeable…): «traite les autres comme tu voudrais être traité», ou énoncée différemment : «ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse».

LIVRE-COUV-2Je simplifie à l’extrême? Lisons pour voir un extrait de la quatrième de couverture de Compassion, manifeste révolutionnaire pour un monde meilleur le dernier livre de Mme Armstrong (Belfond, 2013): «Et si dans un monde violemment individualiste et de plus en plus intolérant, la véritable révolution passait par la compassion? […] Comment? En revenant à ce qui nous unit tous, cette règle d’or au fondement du christianisme, du judaïsme et de l’islam, mais aussi des religions orientales comme l’hindouisme ou le bouddhisme: toujours traiter l’autre comme vous aimeriez être traité. […] Karen Armstrong nous livre une méthode choc pour révolutionner nos rapports à l’autre, remplacer pas à pas nos préjugés par l’empathie et devenir les acteurs d’un monde meilleur. Un manifeste percutant, pour une révolution en profondeur de nos modes de pensée et surtout d’action.»

Pourquoi j’ai accroché ?

J’ai commencé en disant avoir accroché avec les propos de l’auteur, ça va sans dire que ce n’est pas pour ce qu’il y a ci-dessus (et ce n’est pas non plus parce qu’elle fait de l’histoire du christianisme ou encore parce qu’elle est une ex-nonne !).

J’ai aimé :

- Son analyse de la teinte que prend le mot compassion dans la culture actuelle. Il est difficile de le réhabiliter car il est associé à une sorte de pitié mielleuse (il existe aussi une bonne pitié). La compassion est «l’effort de se mettre dans la peau de quelqu’un, d’éprouver sa douleur comme si elle était nôtre.» Il ne s’agit pas de se plaindre les uns les autres.

- Sa finesse quand on touche aux motivations humaines. A la question : la rage contre la pauvreté, les inégalités, n’est-elle pas plus efficace que la compassion?, elle conseille de se demander si l’on est en colère pour vraiment changer un état de fait ou plutôt pour se flatter soi-même de son action? «Pour agir de manière constructive, il faut être débarrassé de son ego. […] C’est le travail de toute une vie.»

- Son refus d’inscrire la violence dans les textes sacrés. Armstrong rappelle que depuis que l’Eglise est séparée de Etat, le monde n’est pas plus pacifique qu’avant (puisqu’on se place dans une perspective universelle, certains avanceront que Mahomet a appelé au djihâd, soit, mais lisez plus loin, vous verrez qu’il y a bien meilleur argument apologétique).

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- SA FRANCHISE ! Souvent, les personnalités syncrétiques manquent de lucidité sur l’homme. Pas Karen Armstrong. «Il nous faut plutôt rechercher l’origine de la violence dans la structure même de l’homme, qui est intrinsèquement cruel. […] Nous sommes esclaves de notre ego, et aussi de notre propension à détester les gens. La Règle d’or enseigne la nécessité de commencer à travailler sur soi avant d’attendre des autres qu’ils soient bienveillants. Si nous traitions tous les êtres comme nous aimerions nous-mêmes être traités le monde serait radicalement différent. Car, qu’on le veuille ou non, nous sommes tous interconnectés.»

Alors, pourquoi être chrétien parmi toutes ces grandes (ou moins grandes) religions ?

Après tout, on l’a vu, d’après Karen Armstrong, chacune prône autant que l’autre la compassion et la compassion si nous en faisons preuve transforme le monde. Ce à quoi nos cœurs aspirent, qu’on soit à Kathmandu ou à Dallas.

Hélas, force est aussi de constater que depuis des millénaires que la Règle d’or a été énoncée, l’homme n’en témoigne pas encore spontanément. On écrit toujours des livres pour nous en apprendre le b.a-ba en vue de révolutionner le monde…

Or, justement, le christianisme souligne cette réalité de l’homme livré à lui-même incapable d’appliquer cette fameuse Règle. Il ne nous abreuve pas d’illusions à son sujet, même si on retrouve la Règle dans la bouche de Jésus comme s’il n’était qu’un maître parmi les autres.

Pour Dieu, tel que le connaissent les chrétiens, tant que l’Esprit ne nous a pas fait naître à une vie nouvelle afin que nous ne menions plus le combat d’une manière purement humaine (2 Co 10.3) : nous échouons. Avoir connaissance ou non de la Règle d’or, l’aimer ou non, change peu de choses.

Karen Armstrong dans son livre (ne croyez pas que je prenne en grippe cette, je la cite juste pour illustrer un point de vue banal dont elle est loin d’être la seule représentante !) met toutes les croyances dans un même sac parce qu’elles sont pleines de bonnes intentions en énonçant chacune la Régle d’or parmi leurs préceptes. Toutefois, elle oublie de mentionner que le Dieu qui se révèle dans la Bible pour les chrétiens se distingue radicalement. En effet : la vie chrétienne est surnaturelle, et la Régle d’or qui est un aspect de cette vie chrétienne,  seul L’Esprit peut l’initier et la préserver. ( voir une citation de J. I. Packer cité dans Dieu oublié de Francis Chan, chapitre 4)

A cet égard, j’aime beaucoup comment est commenté le verset suivant, «au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées.» (Phil 4.8) : «l’idéal [que l’apôtre Paul] dépeint correspond à celui que les esprits les plus élevés de l’Antiquité païenne ambitionnaient pour l’homme – sans parvenir à le réaliser». (Parole vivante, p. 498)

Mais, alors, pourquoi est-ce qu’il y a encore des gens comme Karen Armstrong pour tout relativiser, pour mettre le christianisme sur le même plan que tout ce qui n’est pas en mesure d’appliquer la Règle d’or?

En guise d’indice, une question : Francis Chan, dans Dieu oublié, nous invite à nous demander si nous manifestons plus de compassion que les bouddhistes, par exemple? Si Dieu demeure en nous, ne devrions-nous pas nous attendre à être spectaculairement, surnaturellement, différent de tous ceux qui vous entourent? Alors, Karen Armstrong écrirait: «Reconnaissons comment Dieu, en son Fils, a fait preuve de compassion envers nous pour qu’à notre tour, comme ses disciples, nous puissions être en faire preuve les uns envers les autres !»

Imaginez ce qui pourrait se passer si les chrétiens commençaient à marcher par l’Esprit. (Francis Chan).

Enfin, si beaucoup des grandes religions admettent l’existence d’une transcendance divine et la nécessité d’un respect de l’autre en tant que porteur du divin, toutes ne se font pas la même idée de cette transcendance (pour rester vague et ne pas la nommer Dieu). Pourtant, la comparaison est aussi en faveur du christianisme. «Et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau. Celui-ci se renouvelle pour être l’image de son Créateur afin de parvenir à la pleine connaissance.» (Col 3.10) Le chrétien est appelé à devenir de plus en plus, dans son expérience, ce qu’il est déjà en Christ. On peut parler de re-création de l’humanité selon le modèle du Christ, image de Dieu (note de la Bible d’étude Semeur). En effet, « Faisons l’homme à notre image selon notre ressemblance » dit Dieu lors de la Création (Gn 1.26).

Et, que sait-on de cette ressemblance? Qu’elle se rapporte à un Dieu trin [trinitaire]. Dieu est alors, par essence, relationnel. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit se glorifient mutuellement.

L’egocentrique exige des autres qu’ils gravitent autour de lui. […] La vie interne du Dieu trin est radicalement différente. La trinité se caractérise, non par l’égocentrisme, mais par un amour mutuel désintéressé.[…] Chacune des personnes divines se concentre sur les autres. Aucune n’exige que les autres tournent autour d’elle. Chacune encercle volontairement les deux autres dans un climat d’amour, de joie et d’adoration. […] (En revanche,) si Dieu est une seule personne, il est pouvoir, souveraineté et grandeur de toute éternité, mais il n’est pas amour. Dans ce cas, l’amour n’est pas l’essence de Dieu. […] Dans la conception chrétienne, l’amour est vraiment l’essence de Dieu. S’il n’était qu’une seule personne il n’aurait pas pu être aimant de toute éternité [car l’amour est ce qu’une personne ressent pour une autre]. (Timothy Keller, La raison est pour Dieu, p. 229-230)

Voilà pourquoi, chrétiens, nous pouvons dire que Dieu est amour. Et, la compassion est une forme d’amour…

Pour aller plus loin : 


* Le Monde des religions, mai-juin 2013, N°59, Culture/Livres, entretien avec Karen Armstrong, p. 62-63 ; toutes les citations de l’auteur en sont extraites.

 

Cinq choses que chaque fille a besoin d’entendre de la part de son père

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C’est bientôt la fête des pères ! On a réservé aux papas un petit cadeau en avant-première: la traduction d’un très bon article [ENG] de Daniel Darling. 

Je suis le papa de quatre beaux enfants, dont trois filles. Ma fille ainée a huit ans et chaque année qui passe depuis sa naissance, je deviens plus conservateur dans tout ce qui concerne mes filles. Je ne suis pas un fan d’armes à feu mais je pourrais le devenir dès qu’il sera question d’attendre sur le porche le premier mec qui ose me demander de sortir avec l’une de mes filles.

Plus sérieusement, j’aime être le papa de filles. Il y a quelque chose dans le fait d’avoir une fille qui adoucit un homme, ajoute une certaine tendresse à son âme. Et dans cet esprit, j’aimerais partager cinq choses que chaque fille a besoin d’entendre de la part de son père:

1) Ta maman est belle et elle est aimée. Le plus beau cadeau que vous pouvez faire à votre fille c’est de lui montrer comment un homme se conduit avec une femme. Laissez-lui voir modelé en vous, bien qu’imparfaitement, le don de l’amour de Dieu entre un homme et une femme. Dites quotidiennement à votre femme qu’elle est belle, que vous l’aimez et que vous êtes heureux d’être son époux. Dites-lui que vous êtes engagé avec elle pour la vie. Et parfois, dites-lui ces choses en présence de vos enfants.

2) Tu es belle et tu es aimée. C’est quelque chose que vous devez dire à votre fille au moins une fois par jour et probablement plus souvent que ça. Lui dire une fois de temps en temps ne suffit pas. Je ne suis pas psychologue,  mais les filles qui se savent aimées de leur père grandissent avec plus d’assurance en elles-mêmes et ont tendance à éviter de chercher l’amour partout où il ne faut pas. Entendre dire qu’elle est belle, c’est de l’oxygène pour l’âme de votre fille. Dites-le lui donc souvent, différemment et créativement.

3) Tu appartiens à Dieu et tu as été crée pour sa gloire. Les filles luttent fréquemment contre l’insécurité dans un nombre de domaines: leur poids, leur look, leurs amis. Peut-être se sentent-elles souvent sans importance ou non désirées, même dans un foyer où il y a de l’amour. C’est  pourquoi, vous devez, en tant que père, leur rappeler qu’elles sont des créatures merveilleuses d’un Créateur qui avec amour les a formé à son image. Vous devez lire avec elles les mots de David, « je suis une créature étonnante et merveilleuse » du Psaume 139. Ce passage doit être entouré, souligné, lu et relu dans votre Bible et être quelque chose d’intériorisé par vos filles en vue des moments de doute.

4) Tu es pardonnée. Vos filles vont se planter. Elles vont pécher. Elles vont vous décevoir. Et, si vous n’avez pas la Bonne Nouvelle de l’Évangile au centre de votre famille, votre fille pourrait grandir en se demandant comment être à la hauteur de vos attentes ou que faire avec ses péchés. Évangélisez votre fille et faites-en un disciple. Enseignez-lui la discipline chrétienne vitale de la repentance et du pardon. La repentance pour ses péchés et le pardon pour ceux des autres. Faites-lui savoir que Christ est toujours prêt avec des provisions de grâce. Faites-lui savoir qu’elle doit avoir recours à cette grâce non seulement pour elle-même, mais aussi à l’égard des autres qui vont la blesser.

5) Tu es acceptée. Quoi que vous fassiez, ne laissez pas votre fille consommer le poison de la culture ambiante qui mesure la valeur d’une femme à son indépendance, à son aptitude à donner librement de sa pureté. Ne la laissez pas un seul instant gober le mensonge que la liberté sexuelle est autre chose qu’un esclavage de la pire sorte, le chemin de l’ennemi pour voler la créativité, la beauté et le but pour lequel elle a été créée. Enseignez-lui que rechercher chez un homme (indice : pas les flemmards que vous voyez à la télé). Aussi : soyez cet homme-là pour qu’elle sache à quoi ça ressemble. Décrivez-lui la magnifique image de la féminité dépeinte par le Créateur. Son acceptation d’elle-même, sa perception d’elle, sa valeur sont attachées à son exceptionnelle vocation de fille de Dieu.

NDT : On a préféré inverser les deux premiers points de l’original.

Pour aller plus loin:

Combien d’heures un pasteur devrait-il travailler ?
TIM KELLER sur l’importance du Sabbat et du Repos
VIDÉO Le discipulat par l’exemple (Avec voix de Don Carson)

Bible : un copiste du XXIe siècle

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Beaucoup de personnes mémorisent l’Ecriture. La copier est aussi un excellent exercice pour s’en imprégner, je le sais par expérience. Je ne peux que conseiller de copier au moins de temps à autre un verset ou un chapitre.

Cependant, je préfère laisser la parole à Philip Patterson quand il s’agit de témoigner que cela le rend "plus patient, plus confiant et plus aimant" car il a, lui, recopié toute la Bible !  slide_296946_2438188_free

"Quatre ans : c’est le temps qu’il a fallu à Philip Patterson, designer à la retraite habitant Philmont, aux États-Unis, pour recopier la Bible à la main; il a gravé les dernières lignes samedi 11 mai, devant 125 personnes réunies à l’Église presbytérienne de Saint Peter, à Spencertown, dans l’État de New-York". Lisez ici la suite de l’article «Philip Patterson, un copiste du XXIe siècle».

Parole de Dieu. Cherche, scrute, patiente, ne te laisse pas rebuter car c’est Dieu lui-même qui veut t’apprendre Dieu. Imprègne-toi d’elle, fais-en ton étude, écris-la, raconte-la… Mais si t’enflammait une seule parole, fais silence et ne désire rien d’autre : le Seigneur t’a parlé comme l’ami parle à son ami. (Règle de Reuilly
 

Le parc Disneyland de Dieu ?

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«Etats-Unis. L’arche des créationnistes», en première du Courrier international (N°1175). Les hypothèses fusent le temps que je tourne les pages… pour tomber sur le plan du projet… d’un parc d’attractions. Juste un peu surprise. 

Je lis l’article «Avant nous, le déluge !» [réservé aux abonnés sur le site de l’hebdomadaire français mais disponible en V.O, «The ark builders», sur celui du Financial Times avec en bonus un tas de photos]. J’apprends que l’arche de Noé est en construction pour un parc d’attractions du beau nom de Ark Encounter [Rencontre avec l’Arche] dans le Kentucky. Je savais les évangéliques doués pour  présenter un message hérité du passé dans le monde d’aujourd’hui avec les techniques de demain. Je souris tout de même un peu devant les moyens mis en oeuvre par Answers in Genesis [Réponses dans la Genèse], le mouvement à l’origine de l’entreprise, pour prouver que «le premier livre de la Bible n’est pas une parabole mais bien un récit historique tout à fait plausible». J’ai bien dit : je souris devant les moyens, pas l’objet à prouver !

ark-plaza-designEcoutons l’ingénieur en chef : «Notre idée, c’est que le Déluge a bien eu lieu. S’il est réel, alors l’arche a existé aussi.» Le but est de prouver qu’il a pu être construit et entretenu car «si je peux en faire autant pour chaque aspect de cet événement, pour montrer que la Bible n’est pas seulement une fable mais qu’elle relate des faits historiques, vous relirez peut-être les Saintes Ecritures, Dieu vous parlera et j’aurai accompli quelque chose.»

Travailler à donner le goût de la lecture confiante en les Saintes Ecritures, d’accord. A donner une base scientifique au créationnisme, d’accord aussi. Rien de nouveau sous le soleil, «la société licencieuse punie par le déluge» -ce sont les mots de notre ingénieur- ne diffère pas tant que ça de la nôtre, d’accord encore. Mais, en guise de rappel, faire traverser les visiteurs d’un parc par une «cité du vice», édifiée en stuc, où seront représentés la prostitution, la torture et les combats en cage, hum… pas trop d’accord.

En tout cas, ça fait travailler les neurones tout ça ! «Si Noé avait un couple de 1000 à 2000 espèces, les nourrir et nettoyer le navire devait représenter un travail titanesque. Pour montrer comment il aurait pu s’en sortir, il (notre fameux ingénieur) a conçu une machine à compresser le foin en minicubes afin d’optimiser l’espace. Il a aussi imaginé un tapis roulant en bois et en tissu pour évacuer le fumier sur les côtés. Aux alentours de l’arche et dans tout le parc, des acteurs déguisés en personnages bibliques ou en animaux joueront des saynètes.»

Les mannequins représentant Adam et Eve au musée de la Création, grand frère de Ark Encounter, ouvert en 2007 à Petersburg (Kentucky)

Les mannequins représentant Adam et Eve au musée de la Création, grand frère de Ark Encounter, ouvert en 2007 à Petersburg (Kentucky)

Bon, en fait, «pas d’accord», c’est en partie juste l’avis d’une petite française plus à l’aise avec les démonstrations à la Keller (voir «La science démontre la fausseté du christianisme» dans La raison est pour Dieu) et pas trop familière du gigantisme prôné outre-Atlantique. Je ne cherche pas à démontrer que Ark Encounter est une mauvaise œuvre ou que Dieu n’est pas glorifié par elle ou quoique ce soit… En revanche, j’aimerais comme cet ingénieur, moi aussi, que les Ecritures soient prises au sérieux et je reconnais que la question de l’historicité de la Genèse n’est pas accessoire. Mais, justement, je me demande si ce genre de parc conduira les vrais sceptiques, ceux qui pensent le christianisme en conflit avec la science, à reconsidérer leurs croyances (encore que le ton du journaliste me donne une petite réponse!). Ce qui est recherché ultimement sera-t-il vraiment atteint? Ou Ark Encounter sera-t-il plutôt la sortie du dimanche après-midi après le culte?

A vrai dire, je n’ai pas mené d’analyse sociologique sur l’impact de ce genre de parc apologétique. De toute façon, je me trouve sur une aire culturelle bien trop différente de celle où il est construit. L’article me fait plutôt me poser la question: mais qu’est-ce que l’on peut faire, en France, pour que le mot créationnisme ne déclenche pas le sarcasme (comme en témoigne la réaction des journalistes de Télématin quand ils abordent le projet)? Je ne sais pas ce qu’est la réponse, mais je sais ce que ce n’est pas!

Pour aller plus loin : 

Calvin et la seule vie qui a un sens

Ainsi, soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu.  (1 Co 10.31)

Nous sommes nombreux à désirer toujours plus ajuster notre vie à ce principe. C’est pourquoi, je me dis que ça peut toujours être édifiant de partager les bonnes réflexions sur ce verset.

Louis Bouyer:

«La contribution la plus importante, cependant, que Calvin devait apporter à la spiritualité protestante doit être cherchée dans sa conception de la gloire  de Dieu, ou, pour mieux dire, de Dieu à glorifier comme fin de tout le christianisme. […]

On peut dire que Calvin comprendrait et exprimerait avec une puissance inégalable comment le salut de l’homme par la grâce, loin de réduire Dieu à n’être plus considéré par l’homme sinon comme la source de son propre bien, ramène l’homme à ne plus se concevoir, en tant même que sauvé, sinon comme l’instrument de la gloire de Dieu. Là est le sens ultime de la sanctification de l’homme et le motif qui lui donne une importance capitale dans les vues calvinistes. L’homme n’est pas sauvé simplement parce que le châtiment de sa faute est écarté de lui, ni même parce que la béatitude lui est promise, mais parce qu’il est rendu à la seule vie qui ait un sens : une vie toute vouée à glorifier Dieu, dans l’action comme dans la prière.

Cette gloire de Dieu, telle que Calvin l’entend, c’est d’abord son action, sa puissance reconnue comme la seule qui compte, en même temps que la seule bonne, la seule réelle : c’est là l’objet premier de la foi justifiante. La conséquence en est tout l’agir, tout l’être de l’homme ne pouvant plus se vouer à autre chose que l’obéissance bienheureuse à la seule volonté divine.[…]

Aucun autre but ne peut être proposé à l’homme que servir le Tout-Puissant, dans une conformation de toutes nos pensées et de toutes nos volontés à son seul dessein.»

(Louis Bouyer (dir.), Histoire de la spiritualité chrétienne, La spiritualité orthodoxe – La spiritualité protestante et anglicane, tome III, Editions du Cerf, 2011, p.129-130)

 

LIVRE : Soldats de Jésus

Soldats de Jésus-CailleJe m’adonne pour la première fois à cet exercice : faire la recension d’un livre seulement à partir de l’extrait gratuit du format Kindle. Bref, c’est plus pour signaler un nouveau livre sur les évangéliques que pour en discuter le contenu…

J’ai appris la parution des Soldats de Jésus, les évangéliques à la conquête de la Francepar une interview de l’auteur, Linda Caille, par La Vie: «les évangéliques français ne sont pas une sous-culture américaine» (21.02.13). Qu’on soit d’accord ou pas avec son avis (je trouverais à en redire, personnellement), c’est toujours bon de connaître le regard d’un journaliste sur notre « tribu ».

Votre enquête est intitulée "Soldats de Jésus. Les évangéliques à la conquête de la France." Pourquoi ce titre choc sur des chrétiens pourtant pacifiques ?  

En 2013, sur les 600.000 évangéliques français, la moitié a moins de 35 ans, et ils en veulent ! 38% d’entre eux vont au culte chaque semaine. J’ai rencontré des jeunes des banlieues, des gentils branchés parisiens, des chefs d’entreprises. J’ai voulu mettre en avant leur engagement. Ils sont comme des soldats dans la mesure où leur vie est consacrée à une cause qui les dépasse: l’annonce de l’Évangile. 
Par ailleurs, la Bible utilise des mots comme « soldat » et « armée ». Un exemple : Paul s’adresse à son fils spirituel Timothée en lui demandant de « souffrir comme un bon soldat de Jésus-Christ » (2 Timothée 2, 3).

Comment définir la foi évangélique ? [La suite est disponible sur le site La Vie]

Si j’en crois l’introduction du livre, l’auteur répondrait à l’issue de son enquête, entre autres, à la question « (les évangéliques) sont-ils l’avenir de la foi chrétienne en France?». Ça m’aurait bien intéressé de la lire au sujet des chrétiens d’aujourd’hui, ceux qu’elle a rencontrés «pendant cinq ans, du Havre à Paris, de Lille à Lyon, de Strasbourg à Grenoble.»

9782213654737-GHélas, comme je vous l’ai dit, je ne disposais que des premières pages de l’extrait gratuit soit «Première partie – Hier : Des camisards à Billy Graham, chapitre premier : en 1517, une poignée d’insoumis…». Non, non, je ne veux pas dire que c’est rébarbatif de se coltiner l’histoire, juste que je ne suis pas la mieux placée pour évaluer ce contenu…

Je trouve le rappel historique un peu simplifié mais c’est sans doute sans objectivité. Au regard des connaissances acquises dans le secondaire qu’on a tous plus ou moins, Mme Caille fait du bon travail en rappelant à notre mémoire les anabaptistes, les Frères moraves, Philipp Jacob Spener ou encore la guerre des Camisards.

Je regrette surtout les phrases du genre: "Leurs pasteurs, contrairement aux prêtres catholiques, peuvent se marier." Bon, d’accord, mais ce serait bon de dépasser les comparaisons catho vs protestants et de se demander, d’abord, en vertu de quoi peuvent-ils se marier, quel sens donnent-ils à cet événement dans leur vie ? etc.

Si je trouve le livre en bibliothèque, je vous promets une recension plus approfondie…

En attendant, il y a un point de l’interview de Linda Caille qui m’a interpellé: "Chez les évangéliques, le contrôle est collectif, on se mêle souvent de votre vie privée. Le pasteur peut être omniprésent et intrusif."

Je suis loin d’avoir fait le tour de toutes les Églises de France et de Navarre, c’est le moins qu’on puisse dire. L’individu pasteur-gourou existe. Toutefois, je me demande si ce que les journalistes nomment «se mêler de notre vie privée» et «être intrusif» n’aurait pas parfois pour traduction «Veillons les uns sur les autres pour nous encourager à mieux nous aimer et à faire du bien autour de nous» (Heb 10.24) en langage biblique?

En fait, je ne veux pas traiter de façon simpliste la limite entre exhortation fraternelle et harcèlement. Je ressens juste le besoin de donner mon ressenti sur un préjugé répandu (du moins, je l’ai souvent entendu) : "les évangéliques, ils se mêlent de ta vie privée." Eh bien, voyez-vous, j’aimerais bien, moi, qu’on se mêle plus de ma vie privée ! Il y aurait à redire. Inutile de préciser que je parle de vie privée au sens large de l’utilisation de notre temps donc de notre vie, pas uniquement de ce qui est «privé» au sens restreint.

Je n’ai jamais trouvé que les pasteurs, les anciens et les frères et sœurs en Christ allaient  trop loin. Sans doute que je suis un peu revêche si on appuie là où ça fait mal mais tout bien pesé c’est une grâce quand on est entouré de personnes qui ont le courage de nous reprendre. Et oui, si c’est d’une façon saine, se mêler de la vie privée des autres requiert du courage et de l’amour. Soit ils se fâchent (=on se les met sur le dos), soit ils accueillent nos remarques (=on va dépenser du temps pour les aider). «Excuse-moi de ne pas m’être mêlé de ta vie privée» devrait même être une demande de pardon quotidienne. Merci au passage à tous ceux qui se mêlent de ma vie privée et qui se reconnaîtront. Qu’ils continuent !

Bref, si c’est de la façon dont l’enseigne la Bible, on gagnerait à se mêler davantage de la vie des uns et des autres. D’ailleurs, je considère même que ce concept de « la vie privée »  est l’un des mensonges du monde qui pénètre parmi les chrétiens.

J’ai toujours l’impression d’être relativement anonyme ici, j’espère que ce n’est pas qu’une impression, sinon j’en connais une qui va avoir des comptes, beaucoup de comptes, à rendre maintenant…

Pour aller plus loin:

INTERVIEW Luis Palau à propos de son ami le Pape qui boit le maté avec les évangéliques
Statistiques 2012 des Églises évangéliques en France
France 3 nous fait découvrir un centre de formation à l’implantation d’églises