Dans la liste des expressions que l’on entend à tout bout de champ : "pécher" ou sa variante en deux mots "être pécheur".
Souvent je suis agacée car j’ai l’impression qu’on ne saisit pas toute la profondeur de ces mots. L’exemple type c’est : "J’ai reconnu que j’étais pécheur parce que je buvais trop et je volais." C’est peut-être pour cela que le mot passe pour arriéré ou ringard chez certains Chrétiens et aux yeux du Monde. Récemment encore, j’entendais à l’église un frère dire : « je n’aime pas employer ce mot de « péché » !
Timothy Keller explique très bien que pécher c’est d’abord et avant tout :
« chercher à devenir soi-même, à acquérir une identité en dehors de Dieu. […] C’est chercher à construire notre identité en prenant pour centre de ce qui nous importe, de ce que nous visons et de ce qui nous rend heureux, autre chose que notre relation avec Dieu. » (La raison est pour Dieu, page 178)
C’est pourquoi des choses qui sont bonnes, qui sont même des bénédictions quand nous vivons centrés sur Dieu, peuvent devenir sources de péché si nous en faisons la priorité de notre vie.
La philosophe chrétienne Simone Weil exprime aussi très bien cela.
« Nul être humain n’échappe à la nécessité de concevoir hors de soi un bien vers lequel se tourne la pensée dans un mouvement de désir, de supplication et d’espoir. Par conséquent, il y a le choix seulement entre l’adoration du vrai Dieu et l’idolâtrie. » (Cahiers, vol.4)
Bien sûr, je ne dis pas que l’ivresse et le vol sont des choses sans importance ! Mais je pense que les éclairages de Keller et Weil sont utiles, notamment pour transmettre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Faire la liste de ses péchés à un interlocuteur pour lui montrer en quoi il a besoin du pardon de Dieu, c’est plutôt périlleux, je pense. En revanche, on peut montrer qu’il n’y a qu’une Personne qui supporte d’être érigée en absolu et qu’adorer ou s’investir corps et âme dans des choses de ce monde, c’est, sans le savoir, imaginer les attributs de la Divinité en elles. (cf. La raison est pour Dieu, T. Keller, page 182)

"Ce n’est pas tant l’Evangile qui nous a conservé la doctrine de la croix que ce n’est la doctrine de la croix qui nous a conservé l’Evangile."