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LIVRE : Les grands philosophes parlent aux petits philosophes

Je ne sais pas trop quelle pertinence on peut accorder à mon opinion – la vingtaine et sans enfant – au sujet d’un album jeunesse! Ce petit avertissement donné, je crois que Les grands philosophes parlent aux petits philosophes (Sophie Boizard, Laurent Audouin) est un de ceux que j’aurais aimé que mes enfants aient dans les mains.

Des livres qui présentent des idées non bibliques, bonne ou mauvaise idée ?

Au premier abord, on peut être frileux à l’idée de proposer ce genre de lecture. « Où est le sage? Où est le spécialiste de la Loi? Où est le raisonneur de ce monde? Dieu n’a-t-il pas changé en folie la sagesse du monde? »  (1 Cor 1.20) Malgré leur renommée, les philosophes que le monde antique appréciait tant ne sont pas parvenus à la connaissance de Dieu nous rappelle l’apôtre.

Cependant, l’idée ici n’est pas de prendre pour argent comptant la pensée des philosophes, ni d’y placer toute sa confiance! Pour moi, un tel ouvrage, c’est fait pour faire découvrir ceux dont l’histoire a retenu le nom : Socrate, Descartes, Rousseau et Cie.  Aujourd’hui, des hommes y voient toujours une base solide sur laquelle s’appuyer.

D’ailleurs, à Athènes, Paul engage la conversation avec les épicuriens et les stoïciens, les deux principales écoles philosophiques du temps (Ac 17.18). Ce serait quand même intéressant de savoir de quoi il en retourne…

C’est le genre d’album qui se lit accompagné et  qui peut susciter de belles discussions entre parents et enfants. On lit que le mot philosophie signifie l’amour de la sagesse (p.8). Mais au fait, que dit la Bible au sujet de la sagesse?

Il y a des passages qui tranchent avec ce que Dieu nous communique dans la Bible, d’autres pas… « L’homme est la mesure de toutes choses » a dit Protagoras (p. 57). Est-ce que ça se tient vraiment ? Non. Mais c’est quand même une idée répandue de nos jours qu’il n’y a rien qui soit par nature absolument bon, vrai ou mauvais, faux. Alors ça vaut le coup d’en parler avec les enfants, non ?

Les grands philosophes parlent aux petits philosophes : notre avis

Tout d’abord, ça n’a strictement rien d’un manuel de terminale version junior (au cas où vous vous poseriez la question) !

C’est coloré, illustré, on ne se perd jamais dans des concepts théoriques, mais on suit les aventures de Joséphine et Léo. Fascinés par la découverte d’un petit carnet, ils nous proposent de le feuilleter avec eux…

Le concept c’est une citation connue d’un grand philosophe sur chaque page, accompagné d’une illustration et de quelques lignes qui nous aident à comprendre de quoi il s’agit… et à nous poser des questions. Très accessible, mais pas avant 9 ou 10 ans !

Connaître de la doctrine chrétienne : quelle importance ?

Catéchisme : un document insolite ?

J’ai été très surprise de découvrir qu’il existait un catéchisme baptiste (document en anglais). Peut-être parce que j’associais spontanément ce genre de lecture à Youcat Bref, j’ai même trouvé ça un peu suspect – ou inutile, du moins – avant de voir comment John Piper défendait la chose. Ça vaut le coup d’y jeter un œil.

Un livre pour répondre aux questions qui comptent le plus

Cette question de la maîtrise de ce en quoi on croit est aussi l’enjeu d’un livre que je recommande, Don’t call it a comeback, The old faith for a new day. Après avoir souligné que le terme évangélique avait perdu de sa teneur et qu’il était difficile d’en cerner les contours, DeYoung (directeur de la publication) affirme qu’il est plus nécessaire que jamais de réaffirmer la nature théologique de l’évangélisme. Je m’étais aussi souvent faite la remarque : ça veut dire quoi être évangélique en fin de compte ? Le livre m’a d’une certaine façon débarrassée de ma phobie des dénominations et clarifié ma position à ce propos.

DeYoung constate aussi que les jeunes chrétiens, en particulier, doivent être davantage mis à l’épreuve au sujet de leur foi. Il dit de lui-même : «Je regrette de n’avoir pas été défié plus (ou de ne pas m’être lancé plus de défis) pour réellement comprendre la doctrine chrétienne quand j’étais plus jeune. […] Je ne pouvais pas exprimer l’essentiel (de la théologie chrétienne) après dix-sept années de présence sérieuse et fervente dans l’Eglise.»

L’ouvrage atteint bien ce double objectif : présenter l’évangélisme et les points essentiels de la foi chrétienne. Ça nous est très bénéfique de reprendre tout cela en un seul volume, même si on a déjà lu sur les sujets abordés. Le livre se présente comme une succession organisée d’articles qui pourraient se lire séparément, cependant, les lire à la suite, en une fois, permet d’avoir une solide vision d’ensemble de ce qui est le plus important pour un chrétien.

Pas facile d’avoir une contribution préférée, mais Andy Naselli au chapitre 3 intitulé « l’Ecriture : comment la Bible n’est un livre comme aucun autre » pointe quelque chose qui est à la racine de tous, ou quasi tous les débats : «Si vous voulez discréditer les évangéliques, discréditez la Bible. […] Peu de choses comptent plus que ce que nous pensons au sujet de l’inspiration, la fiabilité et l’autorité de la Bible.»

Nous avons aussi là de bons exemples pour parler et répondre de sujets controversés et douloureux (je pense aux chapitres sur Jésus le seul Chemin (10, Challies), sur l’homosexualité (13, Redmond et DeYoung) ou encore  sur l’avortement (14, Taylor)).  Les auteurs parviennent à exposer la vision des Ecritures, sans compromis, avec fermeté, mais aussi en faisant preuve de douceur et d’humilité, sachant bien que ce n’est pas quelque chose sorti de leur invention qu’ils prônent.

BD : Le voyage des pères (t.1 Jonas)

On connaît les apôtres, mais s’est-on déjà demandé comment avaient réagi leurs parents à leur suivance de Jésus ?

La dernière BD que j’ai eu dans les mains? Je ne sais même plus! Le Voyage des pères de David Ratte est celle qui pourrait me donner envie de m’y remettre (est-ce que je devrais dire mettre ?).

Quatrième de couverture 

««Je ne sais pas ce que ce type, ce Jésus, a bien pu leur raconter… Toujours est-il que quand il est parti, ils l’ont tous suivi comme un seul homme… Avec Zébédée on en est resté comme deux ronds de flan.» 1er siècle de notre ère. Trois pères inquiets parcourent la Galilée et la Judée à la recherche de leurs fils devenus apôtres du Christ. Une aventure humaine qui les mènera bien plus loin qu’ils ne le pensaient.»

C’est sans doute en raison de mon histoire que j’ai été tentée par cette description et je n’ai pas du tout été déçue (du moins par le premier tome). Beaucoup de finesse et d’humour (je ne sais plus quand j’avais autant ri un livre dans les mains !), sans se soucier de subtilités théologiques ou historiques, l’auteur rend compte avec une certaine justesse de l’esprit des hommes du temps. Je pense à la façon dont Jonas et Simon rabrouent Alphée, le père du collecteur d’impôt Matthieu (14) ou encore des prostituées (32)…  «Hors de question de m’asseoir avec ces pécheresses ! On devrait les lapider ! … Ah ouais ! J’oubliais ! Jésus est passé par là ! .. Et il a fait quoi ? Il leur a rendu leur virginité ? Par miracle?» (Jonas). «Il a fait mieux que ça… Il nous a pardonnées» (La femme en question).

Les pères à la recherche de leurs fils et donc de Jésus chez Jaïrus…

Comment David Ratte présente son projet? «Le sous-titre de cette série pourrait être : «Imaginons ensemble les coulisses de la Grande Histoire». L’idée de base était d’essayer de savoir comment les familles des apôtres ont pu réagir face au phénomène Jésus. 2000 ans après, croyants ou non, on sait tous quelle importance ont eu ces évènements dans l’histoire de l’humanité. Mais ceux qui vivaient à l’époque n’en avaient aucune idée. Même les apôtres ne l’ont vraiment compris qu’après la mort du Christ. Je me suis dit qu’au lieu de braquer la caméra sur Jésus, il serait intéressant de la tourner un peu sur le côté. Et puis la question principale était : «Comment aurais-je réagi dans une situation pareille ?» *.

Bref, une approche originale à mettre entre toutes les mains.

Le Voyage des pères, Tome 1 : Jonas a reçu le prix international de la BD chrétienne au festival d’Angoulêmes 2008 et le prix du jubilé à Angoulêmes 2011.

* Extrait d’une interview en ligne.

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LIVRE : A quoi sert de gagner le monde

La Réforme, pas celle de Luther et de Calvin, mais l’autre, celle issue du concile de Trente, bref celle dont on n’a pas l’habitude de parler ici! Fabrice Hadjadj avec sa pièce A quoi sert de gagner le monde* nous plonge dans l’état d’esprit de ce mouvement.

Le décor

Paris, le quartier latin, en l’an de grâce 1530, François Xavier et Ignace de Loyola essuient les bancs de la Sorbonne… Enfin, pas pour très longtemps. De leur rencontre est née la Compagnie de Jésus, un des fers de lance de la Contre-Réforme. Le premier ne tarde pas à prendre les voiles pour l’Inde. C’est son voyage missionnaire qui est mis en scène par Hadjadj (le sous-titre de la pièce est Une vie de saint François Xavier).

Rien d’une biographie traditionnelle, l’auteur puise avec talent dans les ressources du théâtre. Il fait revivre en une centaine de pages la façon de penser et la détermination de ces hommes qui peuvent nous paraître bien loin. Une façon originale de faire la connaissance d’un personnage, et belle, car Hadjadj sait jouer avec les mots.

La mission

La réflexion sur la mission qui se déploie à travers la pièce ne déparerait pas en 2012. J’ai été particulièrement interpellée par les mots que François adresse aux messieurs de l’université de Paris : « A ceux qui ont plus de savoir que de volonté : combien d’âmes manquent le chemin de gloire en raison de votre négligence! Réfléchissez sur le compte que Dieu vous demandera de vos profondes réflexions, comprenez que votre érudition est pour la tombe, que le bois de vos chaires pourrait se débiter en cercueil… » (Acte II, scène IV, p. 67) De belles pages aussi sur la nécessité de partir, sans se laisser méprendre par cette tentation qu’est la bougeotte. Enfin, Hadjadj est  doué pour faire parler l’Ennemi, un peu comme C. S. Lewis dans La Tactique du diable. A deux où trois reprises prend la parole un personnage peu banal, Le Pauvre Diable. En revanche, l’ambiguïté dont fait preuve François dans les dernières scènes frôle le relativisme, mais après tout ça fait partie de la spiritualité jésuite…

Un de mes passages préférés : l’ambition selon Ignace 

« IGNACE DE LOYOLA : Le chemin le plus dur est celui qui descend. Descendez, François, mais descendez bien ! Le plus dur n’est peut-être pas d’être modeste mais d’avoir assez d’ambition, assez d’ambition pour faire craquer notre suffisance, assez d’ambition pour ne demander rien de moins que tout. Mais nous sommes mesquins, François, nous demandons quelque chose et toujours moins que tout : une brioche pour notre quatre heures, un oreiller pour notre nuque raide… Nous demandons à Dieu moins que Lui-même. » (Acte premier, scène II, p. 31)

* La description de l’éditeur sur Amazon est erronée, elle correspond à une autre pièce.

 

LIVRE : Les grandes figures de l’islam

«Quand l’islam illuminait le monde». C’est ce bandeau du livre Les grandes figures de l’islam de Malek Chebel qui a suscité ma curiosité.

Hélas, l’auteur est loin de répondre à l’objectif proposé…

Chebel poursuit bien plus loin. D’ailleurs, même pendant la période la plus féconde, la façon dont les penseurs ou découvreurs musulmans l’emportaient sur les autres n’est pas clairement mise en évidence. On aurait aimé plus de fidélité aux phrases de l’introduction : «j’ai sélectionné des figures pour leur influence sur la marche du monde musulman, et parfois sur l’humanité tout entière. » (p. 15)

Chebel se contente de dresser une liste des figures importantes de l’islam, depuis son apparition en 622 jusqu’à nos jours. Sept chapitres couvrent sept domaines : théologiens, géographes, bâtisseurs…

Bref, en refermant le livre, je n’ai pas l’impression que celui qui l’a écrit s’était fixé cet objectif : «l’histoire des grandes figures que je vais vous raconter ici a précisément pour vocation de faire comprendre, d’aider à comprendre l’esprit de cette religion qui est aussi culture.» (p.9)

Toutefois, néophyte en la matière, j’ai été interpellée par-ci par-là, bien que je ne recommande pas la lecture du livre. Je vous livre quelques points en pagaille :

Les théologiens chrétiens du Moyen Âge échangeaient avec leurs homologues musulmans. Peut-être qu’on pourrait en prendre de la graine. « La pensée arabe et la pensée latine […] ont été en continuité historique. […] Averroès, Avicenne et Algazel devraient être aussi familiers qu’Aristote à celui qui veut étudier les philosophies scolastiques. L’idéal serait de les posséder comme Albert le Grand, saint Thomas et Duns Scot les possédaient.» (le philosophe Etienne Gislon cité p. 16)

L’impossible homogénéité : c’est au moins une chose dont on prend conscience, noyé dans le flot de noms mentionnés par Chebel. Au-delà du clivage sunnites/chiites, l’islam est riche de nombreux mouvements: mystiques, voire ésotériques, ou, en revanche, très soucieux d’orthodoxie… Le parcours de Guru Nanak (1469-1538), le prophète des Sikhs, témoigne bien de l’existence de cercles syncrétiques : inspiré par l’hindouisme, il avait aussi un important arrière-plan musulman.

Muhammad ibn Abd al-Wahhab (1703-1791) : l’homme qui a changé le visage de l’islam dans nombre de pays. Je ne savais pas que l’islam wahhabite, remis au goût du jour dans les années 1980-1990, venait de si loin. C’est un homme du XVIIIe siècle, Muhammad ibn Abd al-Wahhab (1703-1791) qui est à la naissance du courant.

Dommage que cette première lecture de la série sur l’islam ne soit pas conseillée… L’auteur est pourtant un spécialiste reconnu, "la lecture de vos livres fait immédiatement aimer l’islam" (dixit Le Point). À la semaine prochaine pour un petit essai de Tahar Ben Jelloun.

LIVRE : (Top-) modèle féminin dans un monde féministe

(Top-) modèle féminin dans un monde féministe. Le titre du livre de Carolyn Mahaney me laissait songeuse… jusqu’à ce que je cherche la définition d’un top-modèle : personne qui s’expose pour faire la promotion des produits de l’industrie de la mode. J’avais bien des noms de mannequins en tête, et puis top-modèle, ça rime avec fille pas trop mal faite, mais difficile de trouver les mots d’une définition objective. En théorie donc, le top-modèle met en valeur ce qu’il porte, pas lui-même.

Finalement, c’est vrai, c’est bien de ça dont il est question avec les sept vertus du modèle féminin biblique de Tite 2 qu’examine Mahaney :

« Dis que les femmes âgées doivent aussi avoir l’extérieur qui convient à la sainteté, n’être ni médisantes, ni adonnées au vin ; qu’elles doivent donner de bonnes instructions, dans le but d’apprendre aux jeunes femmes à aimer leurs maris et leurs enfants, à être retenues, chastes, occupées aux soins domestiques, bonnes, soumises à leurs maris, afin que la parole de Dieu ne soit pas blasphémée.» (Tite 2. 3-5)

Quantité de livres sur la nature féminine selon Dieu sont publiés. A mon sens, il y a deux domaines principaux pour lesquels celui de Mahaney se détache du lot. D’abord, parce que l’auteur rappelle vivement le but ultime des applications de Tite 2 : «refléter la gloire de Dieu en tant que femme» (p.13). Ensuite, parce qu’elle n’emmielle rien : «aux nombreuses joies du mariage et de la maternité s’ajoute une myriade de tentations d’être méchantes.» (p. 126)

Centrée sur Dieu

Mahaney échappe aux dangers que courent les auteurs de ce genre de livre, c’est-à-dire compiler un tas de valeurs traditionnelles censées nous faire retrouver le cadre des familles heureuses de jadis ; ou encore, se perdre dans des considérations psychologiques de l’ordre du développement personnel. Bien évidemment que le Seigneur ne veut pas l’échec de nos projets avec ses enseignements, mais Il vise bien plus que cela ! Mahaney démontre que notre mariage comme nos maternités sont dans le dessein du Créateur des occasions de croître en sainteté et dans l’imitation de Jésus.

L’absence de légalisme mérite également d’être mentionnée (la façon dont est traité «l’honneur de travailler à la maison», chapitre 6, le reflète bien). Au cœur du mentorat de l’auteur se trouve l’appel à exposer la beauté de l’Evangile avec nos vies. D’ailleurs, comment ne pas citer l’épître aux Galates, «vous avez revêtu Christ» (Ga 3.27), quand on parle de top-modèle!

 Pas d’édulcorant !

Je ne raconte pas souvent d’histoires, mais pour une fois je vais le faire … Lycéenne je m’occupais régulièrement d’enfants, et dans l’ensemble j’aimais beaucoup être avec eux. Mais, parce qu’il y a un mais, je me souviens très bien de ce qui me passait par la tête dans les moments pénibles : «ça ne sera pas comme ça avec les miens… bien sûr que non, ça se passera différemment… ils ne feront jamais ça… ils seront bien élevés les miens ou alors je ne suis pas faite pour ça!». Bref, quelques expériences ont été nécessaires pour que je perde ma naïveté et j’apprécie ce que Mahaney souligne : notre vocation «peut être à la fois exaltante et exaspérante» (p.52). Plus d’une fois notre égoïste soif d’épanouissement ne sera pas satisfaite. La vraie joie est fille du renoncement.

Enfin, à ces deux aspects généraux, j’aimerais ajouter deux passages éclairants pour celles dont les oreilles sont familières de ces mots : « Tu es encore jeune et tu as tant de capacités. Tu ne devrais pas gâcher ton talent en restant à la maison. Il faut que tu sortes et que tu fasses quelque chose de ta vie. » (p. 106)

La beauté du complémentarisme biblique

Le chapitre 8 sur la soumission est génial, il faut le lire et je n’en dirai justement pas plus !

Cependant, sur les mères au foyer, Mahaney écrit : c’est «investir sérieusement dans la nouvelle génération » avec « l’espoir qu’ils puissent influencer positivement notre société » (p. 108) J’aime cet extrait car on entend encore trop souvent que c’est bête d’avoir des diplômes et de rester à la maison. Faire des études m’a plutôt fait prendre conscience de l’utilité de s’impliquer à plein temps dans l’éducation des enfants. C’est une sorte de transmission, on veut prendre ce temps pour qu’eux aussi puissent penser, comprendre…

Enfin, sur Genèse 2.20 : «l’homme a besoin d’une compagne pour mener à bien le travail auquel Dieu l’a appelé» (p. 117) Mahaney décrit la présence auprès de leur mari de Katie Luther ou de Sarah Edwards, afin que ceux-ci puissent remplir au mieux les tâches confiées par Dieu. Leur modèle n’est pas dépassé. J’avais été sensible aux dernières lignes d’un ouvrage contemporain et dont la sortie a été très remarquée :

«Ma femme Kathy n’est jamais citée en référence, pourtant elle est à l’origine de ma foi et de ma pensée. Elle m’a fait connaître Lewis, Edwards et la théologie réformée, et elle m’a aidé à découvrir l’importance de la prière, de la justice sociale et de la citoyenneté. Quand vous jouez un rôle aussi fondamental dans la façon dont une personne voit le monde et la vie, votre nom est mentionné dans les remerciements, pas dans les notes de bas de page. La raison principale pour laquelle je publie ce livre, c’est qu’il lui plaît. « La louange de celui qui est digne de louange vaut plus que toutes les récompenses.»» Timothy Keller, La raison est pour Dieu, p. 258

L’ouvrage se clôt par un guide pour animer l’étude en groupe ou, à défaut, aller plus loin seule. Je n’ai pas trouvé de commentaire sur les sites de vente en ligne (pour l’édition française). Si vous l’avez lu, ça m’intéresse beaucoup de connaître votre avis.

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LIVRE : Le prix à payer

Je viens d’achever Le prix à payer de Joseph Fadelle, succès de librairie à l’automne 2010.

Quatrième de couverture

Lors de son service militaire, Mohammed, jeune musulman irakien issu d’une grande famille chiite, découvre avec effroi que son voisin de chambrée est chrétien. Une relation paradoxale se noue entre les deux hommes. Mohammed en sortira métamorphosé. Revenu à la vie civile, il n’aura qu’une idée en tête : se convertir au christianisme. Une pure folie ! Pour ses parents et ses proches, c’est impensable. En Islam, le changement de religion est un crime. Tout est mis en oeuvre par son clan pour le faire revenir sur sa décision. Rien n’y fait. Après les intimidations et les coups, viennent la prison et la torture… Mohammed, devenu Joseph par son baptême, vit un long calvaire mais ne cède pas. Une fatwa est prononcée contre lui. Ses frères lui tirent dessus, en pleine rue. Grièvement blessé, il s’effondre…

Le prix à payer est une histoire vraie. Joseph Fadelle vit en France avec sa famille depuis 2001. Il est désormais citoyen français.

 Un homme qui a rencontré Jésus

«Ayez une bonne conduite au milieu des païens. Ainsi, dans les domaines mêmes où ils vous calomnient en vous accusant de faire le mal, ils verront vos bonnes actions et loueront Dieu le jour où il interviendra dans leur vie. » (1 P 2.12) C’est ce qui me vient spontanément à l’esprit à la lecture de Joseph Fadelle. Mieux qu’aucune autre, son histoire montre la puissance du témoignage d’une vie fidèle aux enseignements de Jésus. L’auteur observe toujours avec suspicion Massoud, son voisin de chambrée chrétien, bien qu’il ait remarqué qu’un «je ne sais quoi de séduisant se dégage de sa personnalité». (p. 15) Il n’a alors plus qu’une idée en tête :  découvrir « le secret de Massoud.» (p. 16) Il ne tarde  pas à finir le nez dans les Evangiles. Tout n’est pas évident dans son parcours : Fils de Dieu, cela est totalement impensable pour un musulman ! Pourtant, la communion au Christ «comble son cœur au-delà de l’imaginable» (p. 177). Il faudrait le lire pour avoir des détails…

Mais, selon sa belle expression, «nul ne devient jamais chrétien sur un tapis de rose.» (p. 98) Les mises à l’épreuve se sont multipliées, mais l’auteur a aussi entendu que c’est par la persévérance qu’on obtient la vie (Lc 21.19).

Pourtant, le livre refermé, quelque chose me retient d’être tout à fait dans l’action de grâce. Je ne tarde pas à comprendre pourquoi…

 Des idées réductrices véhiculées sur le Coran

J’aime le fait qu’on puisse discuter une question, qu’il y ait des avis divergents. Bref, que l’accusé puisse répondre. Or, Le prix à payer, évidemment, nous donne à voir l’islam à travers le regard d’un chrétien persécuté… Hélas, comme je n’ai pas de connaissance du Coran et de l’islam, je suis tributaire à cet égard d’un article de la revue de Téhéran*, une réponse au témoignage de Fadelle. J’en reproduis un passage, à propos de la réflexion personnelle dans l’islam :

« Autre idée fausse véhiculée par Joseph Fadelle dans son ouvrage, l’idée que l’islam prohiberait toute réflexion et recherche dans le domaine de la religion : « Les imams m’ont toujours enseigné que c’est la lecture du Coran de bout en bout qui sera récompensée au jour du jugement, beaucoup plus que la compréhension du texte. Ainsi, le déchiffrage d’une seule lettre permet d’avancer dans la piété, de gagner dix indulgences, même si on ne saisit pas le sens du mot entier. » (p. 24). Lorsqu’il décide de relire le Coran, il écrit : «J’aurais dû me méfier, et écouter la recommandation, tirée d’un verset du Coran, de ne pas approfondir ce qui peut perturber la foi.» (p. 27). Il attribue donc cette idée directement à un «verset du Coran», qu’il s’abstient cependant de citer. Au contraire, l’une des caractéristiques du Coran est justement son invitation continuelle à la réflexion et à la compréhension : « [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent ! » (38:29) ; «Très certainement Nous avons exposé [tout ceci] dans ce Coran afin que [les gens] réfléchissent.» (17:41) ; « En effet, Nous avons rendu le Coran facile pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ? » (54:17), etc.

Une simple étude de l’histoire de l’islam permet également de se rendre compte de la masse de commentaires écrits à propos du Coran et des différents aspects de la religion en vue d’en comprendre les différentes significations, et ce tant dans les milieux chiites que sunnites. L’immense littérature d’ouvrages religieux et de commentaires ne s’est pas tarie et continue de constituer le sujet de nombreux écrits jusqu’à aujourd’hui. La source principale de dissension en islam n’a donc pas été le caractère licite de la réflexion à propos de la religion ou du Coran, acceptée par tous sauf à de rares moments de l’histoire, mais bien la façon et la méthode utilisée pour commenter le Coran ou plus généralement pour mener une vraie réflexion religieuse.

Nous observons le même recours à des réductions abusives constituant parfois même une insulte aux fidèles de toute une communauté religieuse, notamment lorsque Joseph Fadelle […] relit la biographie de Mohammad et en conclut qu’elle n’est qu’«une accumulation d’adultères, de vols » (p. 30).»

On ne prouve pas le bien-fondé de sa foi en détruisant la religion de l’autre 

Je ne suis pas la démarche de Fadelle : dénigrer l’islam pour mieux appeler à la conversion au Christ. C’est pourquoi, j’ai cité le long passage plus haut. M. Fadelle avance que l’islam n’invite pas à la réflexion personnelle – ce qui est nuancé par la riposte ci-dessus, d’ailleurs – mais est-ce une raison suffisante pour choisir le christianisme ? Après tout, je pense qu’un bon club de philo proposerait aussi une réflexion intellectuelle stimulante… A plusieurs reprises, c’est pourtant le chemin qu’il emprunte pour justifier le fait que ses compatriotes devraient se détourner de l’islam… Il pointe «l’absence de liberté» (p. 219), intrinsèque selon lui à l’islam, pour expliquer qu’il voudrait que toute la société irakienne devienne chrétienne. Sans chercher ici s’il y a vraiment ou non absence de liberté dans l’islam, pourquoi est-ce que cela devrait encourager les Irakiens à devenir chrétiens? On peut très bien se détourner de l’islam, œuvrer pour plus de liberté comme le souhaite M. Fadelle, sans devenir chrétien. De même, le cas fameux du statut de la femme est éclairant. L’auteur argue en faveur du christianisme sous prétexte qu’il réserve un meilleur sort aux femmes (p. 28). Ainsi, Anouar, épouse de l’auteur, «en vient à délaisser le Coran. Elle ne peut plus croire un livre qui, affirme-t-elle, traite aussi durement les femmes.»  (p. 74) Ce n’est pas l’objet ici de déterminer laquelle des deux a un statut plus enviable, de la musulmane ou de la chrétienne. En revanche, depuis quand est-ce qu’on exhorte un musulman, ou tout autre personne d’ailleurs, à se convertir pour un motif  de l’ordre des droits de l’homme ? Sans sarcasme, le réseau « Osez le féminisme » est aussi assez ambitieux côté droit de la femme !

Bref, tout à coup me vient un doute. Joseph Fadelle nous fait part de sa tristesse au sujet des siens qui continuent à « vivre dans l’obscurité.» (p. 219) Mais, qu’est-ce que l’obscurité ? Sans doute, oui, l’on peut considérer comme «obscur » l’absence de réflexion ou de liberté, ou encore le souci exagéré de la réputation familiale que l’auteur dénonce… Mais, l’obscurité dont parle la Bible et celle qui doit nous conduire à suivre Jésus n’est pas celle-ci.

Le Seigneur Jésus dit à Paul : « Tu devras ouvrir les yeux [des païens], vers lesquels je t’envoie. Tu devras leur ouvrir les yeux et les faire passer des ténèbres à la lumière et du pouvoir de Satan à Dieu pour qu’en croyant en moi, ils reçoivent le pardon de leurs péchés et une part d’héritage avec ceux qui appartiennent à Dieu. » (Ac 26.17-18) Dieu est lumière ( Jn 8.12 ; 1 Jn 1.5) et l’obscurité est notre désir de vivre de façon indépendante, centrée sur nous-mêmes, cela se manifeste dans un tas de comportements, et personne n’y échappe (Rm 3.23). Bien sûr que les actes dont a été victime l’auteur en font partie, mais le militant dévoué d’une association humanitaire qui imaginerait pouvoir sauver le monde par plus de partage ou encore un homme sage qui penserait trouver dans ses propres raisonnements le sens de la vie, sont aussi dans l’obscurité. L’obscurité dont nous prenons conscience en nous tournant vers Jésus, c’est donc d’être séparé du Créateur. Ce qui fait alors notre joie, c’est que Christ, par sa mort et sa résurrection rétablit notre lien avec Dieu (1 P 3.18 ; Jn 1.12).

Pas la peine de caricaturer défavorablement l’islam pour rendre Jésus attrayant ou nécessaire ! Serait-ce moins urgent ou moins décisif de témoigner de notre foi si nous étions entourés de penseurs éclairés ou de spirituels tels Ibn ‘Arabî ou  Râbi’a al-‘adawiyya (personnages que je vous encourage à découvrir, au passage)? Si nous croyons que l’Ecriture nous révèle ce que nous pouvons connaître de Dieu, non. «En effet, il y a un seul Dieu, et de même aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, un homme : Jésus-Christ.» ( 1 Tim 2.5) «C’est en lui seul que se trouve le salut. Dans le monde entier, Dieu n’a jamais donné le nom d’aucun autre homme par lequel nous devions être sauvés.» (Ac 4.12)

Examinons bien pourquoi nous souhaitons que l’Evangile soit accueilli. Pour plus de tolérance, de libéralisme, d’égalité homme-femme… ? C’est faire fausse route.

Bilan : Le prix à payer (en format poche pour 6,37€) nous plonge dans la course d’un homme qui aime Jésus et qui l’a payé dans sa chair, lui qu’on apostrophait « seigneur » en raison de son appartenance à l’une des plus grandes familles de l’aristocratie chiite n’a pas renoncé à marcher dans les pas de son maître (Ph 2.6-11). Mais comment ne pas déplorer qu’il ait préféré s’appesantir sur ce que sa famille n’a pas fait pour lui au lieu de rappeler ce que le Fils de Dieu a fait pour lui ?

* Sans adhérer à tout ce qu’expose l’auteur de cet article (notamment son analyse de la condition féminine dans 1 Corinthiens et 1 Timothée), sa démarche n’est pas dénuée d’intérêt et de sérieux.