Archives de Catégorie: Recension de livres

8 raisons d’étudier la théologique historique

J’ai reçu un super cadeau pour mon anniversaire: Historical Theology: An Introduction to Christian Doctrine (Gregg Allison). Son survol historique et thématique de la théologie de l’Église n’est qu’une introduction, mais qu’est-ce que c’est intéressant! Son livre est un compagnon de taille à la Théologie systématique de Grudem.

Dans son introduction (PDF téléchargeable ici), Allison propose 8 Historical-Theology-Gregg-Allisonraisons d’étudier l’histoire de la théologie:

1. L’histoire de la théologie nous aide à distinguer entre l’orthodoxie et l’hérésie.

2. L’histoire de la théologie permet d’acquérir une interprétation biblique et des principes théologiques sains.

3. L’histoire de la théologie présente plusieurs exemples de foi, d’amour, de courage, d’espoir, d’obéissance et de compassion.

4. L’histoire de la théologie protège de l’individualisme rampant parmi les chrétiens d’aujourd’hui.

5. L’histoire de la théologie aide non seulement l’Église à comprendre le développement historique de ses croyances, mais lui permet aussi d’exprimer ces croyances en langage contemporain.

6. L’histoire de la théologie encourage l’Église à se concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire d’insister sur les points qui ont été soulignés de manière répétitives à travers l’histoire de l’église.

7. L’histoire de la théologie offre à l’église de l’espoir en lui donnant l’assurance que Jésus est entrain d’accomplir sa promesse (bâtir Son Église).

8. L’histoire de la théologie nous permet d’apprécier un sens d’appartenance à l’Église du passé.

En plus de ces 8 raisons, Allison écrit: « L’histoire de la théologie peut garder les chrétiens et les églises du penchant de la nouveauté, de l’aspiration à la pertinence et de la tendance à suivre les leaders qui sont bibliquement et théologiquement superficiels. »

Liste tirée du livre Historical Theology: An Introduction to Christian Doctrine. $29.69 sur Amazon.com. 35,37€ sur Amazon.fr. 34,89€ sur BookDepository (livraison gratuite dans le monde entier).

Article publié la première fois en 2011.

Idées cadeaux pour le dernier jour de livraison gratuite sur toute la planète

Librairie-Chrétienne-BLF-HomepageAujourd’hui 16 décembre est le dernier jour pour profiter de la livraison gratuite dans le monde entier sur la boutique BLF. Je propose ici une liste de mes livres préférés chez eux. J’ai fait cette liste parce que j’ai lu beaucoup des livres publiés par BLF ces 5 dernières années. Je m’explique.

J’ai travaillé quatre ans aux éditions BLF et je me suis fait un point d’honneur de connaître les livres que je vendais et de promouvoir uniquement ceux dont j’étais enthousiaste. Cela veut dire que j’ai eu le privilège de lire beaucoup de bon livres. Voici donc ma liste de recommandations. Ce sont beaucoup de petits livres pas chers qui feraient d’excellents cadeaux. Il y a aussi des plus gros livres qui feront certainement plaisir! A noter: la liste contient des livres d’autres éditeurs, mais ils sont tous vendus sur www.blfeurope.com et bénéficient de la livraison gratuite dans le monde entier.

Histoires vraies

Livre-Seigneurs de la terre-RichardsonJe raffole de biographies et de récits missionnaires. Deux des trois meilleurs récits missionnaires en langue française sont chez BLF. Il s’agit des Seigneurs de la terre (mon préféré) et Miracle dans la jungle.

Trois biographies très intéressantes sont Décidé à tuer (Stephen Lungu), Mon chemin du Calvaire (Roy Hession) et Walter • La Guérison du guérisseur (Walter Vappiani).
La biographie de Lungu est fascinante. C’est un type à l’ enfance terrible (des nuits à dormir dehors dans le poulailler!), qui entend l’Évangile avec des bombes dans la main et qui est aujourd’hui évangéliste international.
Le livre de Hession est un de livres qui m’a le plus marqué dans ma vie chrétienne (je conseille aussi son classique au titre ressemblant: Le chemin du Calvaire).
La bio de Vappiani aborde le monde des guérisseurs et du magnétisme. Walter ne répond pas à toutes les questions sur le sujet, mais ce petit livre vaut vraiment la peine et fait un beau cadeau à un PEC (pas-encore-chrétien).

Pasteurs, Leaders et tout prédicateur

Livre-Replacer-Dieu-Centre-Prédication-John-PiperUn des meilleurs livres à paraitre en 2012 à mon humble avis est Replacer Dieu au cœur de la prédication (John Piper). Il y a beaucoup de bons livres sur la prédication, mais celui-ci est sûr d’être lu puisqu’il est à l’opposé d’un manuel d’homilétique (mais il aide clairement à grandir dans son don de prédicateur!).

Autre titre qui mérite une mention: Multiplier les leaders (Sanders & Stamp). LE livre sur le mentorat. Une boite à outils pour toute personne qui réfléchit à comment mieux grandir dans sa relation avec Jésus et comment mieux former la nouvelle génération de leaders.

Couples

Vous avez dit OUI a quo? CouvertureMon coup de cœur va pour le livre de Gary Thomas: Vous avez dit Oui à quoi? C’est un livre sur le mariage pas comme les autres. C’est un véritable livre de vie chrétienne pour grandir dans notre sainteté et piété au travers du mariage. J’aime!
Un livre que je n’ai pas lu, mais qui est recommandé par plein de monde est Top-modèle féminin dans un monde féministe. Un cadeau encourageant pour femmes mariés qui veulent être épanouies dans leurs rôles d’épouse et mère.

Vie chrétienne

BLF_crazy-love-2011-chanPas d’hésitation, je recommande toujours Crazy love* (Francis Chan). C’est toujours un bon livre à relire et pour faire le point. Deux petits livres qui m’ont profondément touché sont Le principe du Trésor (Randy Alcorn) et Au risque d’être heureux (John Piper).
N’oublions pas les classiques tels que Si tu veux aller loin (Ralph Shallis). Trente ans après sa parution, il n’y a toujours pas un livre comparable pour jeunes dans la foi. J’aime beaucoup aussi Le chemin du Calvaire (Roy Hession). Un petit livre pas cher qui fait grandir!Enfin, encore un livre que je-n’ai-pas-lu-mais-il-parait-qu’il-est-génial est Les idoles du cœur (Timothy Keller). Aussi une parution 2012.

Enfants

Couverture_Livre_Enfants_Matthieu-MoitiéJe ne sais pas si je suis le meilleur juge de livres pour enfants. J’ai un peu oublié mes goûts d’enfance et je n’ai pas encore d’enfants pour savoir ce qu’ils apprécient. Tout de même, je recommande quelques titres:

Matthieu moitié est la version pour enfants de Crazy love* (Francis Chan), qui au passage est un de mes livres préférés! La première moitié de Matthieu moitié peut être lue en ligne en plein écran.
La Bible te raconte Jésus
(Sally Lloyd-Jones) est promis au rang de classique de la littérature pour enfants. Cette Bible pour enfants propose une lecture christocentrique des histoires de l’Ancien Testament. C’est simplement génial.
Il y a aussi les très beaux livres de la collection Punchinello (Max Lucado). Je ne les ai pas tous lus. Le dernier est sortie cette année: Meilleur de tous!

Jeunes

Livre-Choix-Pureté-AlcornLe choix de la pureté (Randy Alcorn) est un très bon petit livre sur la pureté sexuelle. J’offrirai ce livre plutôt aux mecs (et pas qu’aux jeunes!) à cause du sujet. Mais le style ne poserai pas de problème aux femmes. J’ai aussi beaucoup apprécié Génération Challenge (Alex et Brett Harris). Un livre par des jeunes pour des jeunes. C’est un appel à se rebeller contre les faibles attentes de la société envers les ados. Bien sûr, il y a toujours La Bible manga, qui est complète depuis cette année!

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LIVRE pour enfants: Matthieu Moitié

C’est particulièrement difficile de trouver des bons livres pour enfants. Parfois l’histoire est trop gnan gnan, et souvent l’application est trop tirée par les cheveux (ou carrément nulle). À quelques semaines de Noël, j’attire votre attention sur le livre pour enfants écrit par Francis Chan et illustré par Matt Daniels: Matthieu Moitié. Il s’agit d’une version pour enfants du bestseller Crazy love*.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui fait tout à moitié. Absolument tout. Et il n’est vraiment pas satisfait de sa vie. Il est malheureux. Jusqu’à ce qu’il réalise que la vie avec Jésus n’a de sens uniquement quand on vit entièrement et complétement pour lui.

Le livre est disponible dans toute librairie chrétienne. Vous pouvez aussi commander Matthieu Moitié sur www.blfeurope.com. BLF offre la livraison gratuite dans le monde entier jusqu’au 16 décembre. Cette offre est valable sur tout leur catalogue.

Exemple d’une page intérieure:

NOUVEAU Le livre du mois de La Rébellution

Je suis très heureux de voir la naissance d’une nouvelle rubrique chez La Rébellution: Le livre du mois. C’est une excellente nouvelle, car nous manquons de recensions de livres chrétiens. Chaque année, il y a tellement de livres qui sont publiés, mais seulement quelques-uns sont vraiment bons. J’espère que cette nouvelle rubrique sera une aide pour choisir quels livres lire.

Rébellutionnaires, je vous félicite pour cette nouvelle rubrique. C’est du boulot d’écrire une bonne recension, mais je vous encourage à vous y donner à fond. On a besoin d’aide pour connaître les points forts et les points faibles des livres dont on entend tellement parler!

Le premier livre sélectionné par les Rébellutionnaires est Crazy love*, le bestseller de Francis Chan.

Sarah dit en introduction:

J’imagine que, depuis toujours, on vous répète des choses comme : « Dieu t’aime », « Jésus voudrait vivre une vraie relation avec toi », ou encore « Dieu, c’est pas une religion, c’est une relation ». J’ai souvent entendu ces phrases ; je les ai même prononcées à plusieurs reprises. Mais dans le fond, qu’est-ce que ça veut dire ? Et en quoi est-ce que ça me concerne, moi ?

Si vous vous posez ces questions, je vous encourage fortement à lire le premier livre de Francis Chan, Crazy Love*. Il vous permettra de découvrir

Lisez la suite sur La Rébellution.

LIVRE La Théologie de la prospérité

Nous avons tous entendu parler de l’évangile de la prospérité. Mais sommes-nous capables de le définir cette hérésie? Un petit livre très important vient d’être publié par le CNEF sur ce sujet.

La commission théologique du CNEF a étudié les écrits des théologiens de la prospérité et a publié ses résultats après qu’ils aient été approuvés à l’unanimité de l’assemblée générale. Le livre s’intitule: La théologie de la prospérité. Ça se lit très facilement et c’est très intéressant (60 pages). Un PDF est disponible gratuitement ici.

Le livre est formé de trois parties. Dans un premier temps les auteurs résument les principales doctrines des théologiens de la prospérité (TDP). Ils définissent la théologie de la prospérité de la manière suivante:
«La prospérité est promise au croyant au même titre que le salut. Avec le salut, elle forme comme une corde à trois brins: pardon des péchés, santé, richesse. Il s’y ajoute parfois, une quatrième composante: libération des influences démoniaques.»
Dans une deuxième partie les auteurs critiquent cette théologie. Dans une troisième et dernière partie, ils proposent une réflexion et une exégèse des principaux textes chers aux TDP. Cette troisième partie fut vraiment la plus intéressante. En annexe est proposée une sélection de citations de théologiens de la prospérité.

Pas de théologie de la prospérité en France?

Une absence se fait remarquer: aucun nom de prédicateur francophone n’est cité. Plusieurs anglophones sont cités dont Kenneth et Gloria Copeland, Kenneth Hagin, Benny Hinn, Fred Price, Guillermo Maldonado et le fameux Joel Osteen. Mais aucun français n’est mentionné. Est-ce que la théologie de la prospérité n’existerait pas chez nous?
Les auteurs expliquent cette absence par le manque de sources écrites françaises. Selon eux, il n’y aurait pas d’ouvrages publiés par des auteurs français défendant la théologie de la prospérité.
L’absence s’explique aussi par la définition qu’ont adopté les auteurs. Le comité théologique du CNEF a uniquement étudié la théologie de la prospérité «hard-core». Celle qui ajoute deux choses au salut en Jésus-Christ: 1. la prospérité physique (bien-être et guérisons) et  2. la prospérité matérielle. Les personnes adeptes de la «pensée positive» ou qui croient que la guérison est à la portée de tous avec suffisamment de foi, mais qui ne prêchent pas la prospérité matérielle, n’ont pas été étudiés comme étant des théologiens de la prospérité. C’est justement cette forme que l’on retrouve beaucoup plus facilement en francophonie. Exemple dans un message de Joel Osteen sur le Top Chrétien: «Vous êtes destinés à la bénédiction». Je cite Osteen parce que le CNEF cite son nom. Sinon, de manière générale, je suis d’accord avec la réponse de John Piper à la question: «Faut-il dénoncer et citer les noms des personnes qui prêchent un évangile de prospérité?»

J’ai particulièrement aimé

Celui qui aime lire des exégèses courtes se régalera de la 3e partie du livre: Repères et réflexions sur la prospérité. De nombreux textes utilisés par la TDP sont étudiés dans leur contexte et le sens le plus probable est donné. Disons simplement que les théologiens de la prospérité ne sont pas convaincants en interprétation de textes. J’ai particulièrement aimé la simplicité de l’exégèse de 3 Jean 2, texte très utilisé par les TDP pour justifier que la prospérité est composée des trois éléments: richesse, santé physique, santé spirituelle (p.34).

Pour qui est ce livre?

Toute personne qui veut progresser dans ses capacités de discernement appréciera ce livre. La théologie de la prospérité se retrouve autour de nous dans beaucoup de formes diluées. Il y a la théologie de la prospérité hard-core qui affirme «à la fois que Dieu accorde la prospérité physique (la guérison) et qu’il donne la prospérité matérielle comme fruit du salut et de la prière de foi.» Mais des formes dilués affirmant uniquement la guérison ou la prospérité matérielle comme fruit du salut sont très présentes. A chacun d’apprendre à «combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes (Jude 3)».

Peut-être encore plus étonnant, c’est de réaliser que nous aussi nous aimons une forme d’évangile de la prospérité. C’est le théologien RC Sproul qui fait remarquer que tous les chrétiens aiment ce faux évangile. La preuve? Pourquoi se met-on en colère quand Dieu nous enlève la santé ou un être aimé? (MA à John Piper pour cette réflexion et à David Charrier pour le lien de la vidéo.)

Quel sera l’impact de cette publication?

Il est trop tôt pour savoir. Mais j’espère qu’on verra le livre produire un effet auprès des éditeurs et librairies membres (fondateur parfois!) du CNEF qui publient, distribuent ou vendent des livres des auteurs mentionnés dans La Théologie de la prospérité.

J’ai eu de nombreuses discussions avec des libraires qui vendent tout et n’importe quoi sans discernement. Je n’ai jamais eu de réaction du genre: «ah bon? Sa théologie est fausse?». Le libraire n’est pas dupe, il sait que le livre n’est pas bon. Mais il le vend pour des raisons commerciales et parfois, dit-il, parce que s’il ne le vend pas, le client ira ailleurs.

On peut aussi prier que les sites chrétiens fassent preuve de plus de discernement et cessent de publier les enseignements de ces prédicateurs.

J’ai moins aimé

Je me permets quand même quelques remarques. C’est après tout le but d’une recension de raconter le bon et le moins bon. Le livret étant court, on est parfois insatisfait par le traitement de certaines doctrines. C’est le principal reproche que je ferais. A mon avis, le livre est de 10 pages trop court.

Par exemple, sur la rédemption accomplie par Jésus à la croix, le CNEF fait remarquer combien la croix est comprise différemment par la TDP. Mais cela est résumé en un paragraphe. J’aurais souhaité en savoir plus. Selon la TDP (p.14):

« Jésus-Christ est devenu pécheur à la croix, c’est-à-dire une créature satanique. Il a subi la mort spirituelle en enfer, pendant les trois jours séparant sa mort à la croix de la résurrection. Il a ensuite vécu la nouvelle naissance. Le salut n’a pas été acquis à la croix, qui a été une défaite. C’est en subissant la mort spirituelle en enfer et en étant régénéré que Jésus-Christ nous ouvre l’accès au salut.»

Idem pour mention de la tentation de Jésus dans le désert comme preuve que même Jésus à refusé d’instrumentaliser Dieu avec une «parole de foi». J’aurais souhaité une phrase explicative.

Enfin, dans la partie qui contredit la théologie de la prospérité, le CNEF cite l’exemple de Jésus (p.33) qui malgré une vie parfaite a souffert, a été confronté à des difficultés et des frustrations. Cela est juste, mais l’argument aurait été d’autant plus fort s’ils avaient cité l’exemple des apôtres qui ont tous souffert, et nombre d’entre qui sont morts. En effet, on pourrait toujours répondre que Jésus a vécu avant sa résurrection qui a abolit la maladie et la souffrance. Mais l’argument des apôtres et des disciples (je pense à Jacques et Étienne morts en martyrs, ainsi que Paul, Pierre et Jean qui se réjouissent de leurs chaînes.

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Quand la littérature a quelque chose à nous dire sur le mariage

Il est des livres que je ne lirais jamais, à moins qu’une amie dont je ne doute de la perspicacité ne me les mette dans les mains ! Eloge du mariage, de l’engagement et autres folies de Christiane Singer est de ceux-là.

Disons plutôt que j’aurais été attirée par le titre, sans soupçonner que cet auteur ait quelque de précieux à dire, à transmettre… Et pourtant ! J’ai trouvé dans son éloge du mariage beaucoup de vérité, de lucidité.

Dieu est absent. Alors, où se cache l’once de vérité ? Je crois que c’est dans cette capacité de Singer à voir plus loin que les idéaux qui peuplent nos imaginaires. Plus loin que notre soif d’être heureux, peut-être superficiellement heureux. Après, à nous de mettre derrière ses «lois de l’être», ses «lois ontologiques», le dessein du Créateur… Est-ce que vous ne faites jamais cet exercice, finir les phrases d’un auteur, les commencer autrement ?

Si j’ai tant aimé, c’est parce que le livre m’a fait penser ces propos du Seigneur, «ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer» (Mt 19.6), dans un style déroutant, non-conformiste.

«Ce que certains de nos contemporains appellent mariage n’est qu’une anomalie notoire qu’a produite l’Occident.» Comme chrétiens, on peut facilement se rallier à ce constat. Je partage ici quelques passages dans lesquels Singer ébranle des idées bien ancrées.

Je n’ai pas encore l’âge d’avoir des amis divorcés. J’ai juste remarqué un motif commun de rupture, quelque chose comme « oh… il a changé… je ne pensais pas qu’il était comme ça… des aspects de sa personnalité que je n’imaginais pas… il n’est plus comme avant…».  Mais alors, comment

« louer le serment que se font deux êtres… de ne plus changer d’avis… d’envie… de vie ! Existe-t-il serment plus mortifère ? J’exagère dis-tu ? J’oublie que tu aimes ? Qui aime qui ? Qui aime quoi ? L’autre n’est-il pas le produit fiévreux, sublime et généreux de ton imaginaire, de cette faim d’aimer qui t’a fait surgir au monde comme un jeune loup de sa tanière ? Faim de nourriture, faim de lumière, faim de mouvement, faim d’extase, faim d’herbes et de ronces et de délices folles ? Qui t’assure que cet être aimé restera celui que tu as cru apercevoir ? Quel visage te révélera-t-il dans une heure, un mois, un an, sept ans ? Le reconnaîtra-tu seulement à l’improviste dans la rue sous un autre manteau, un autre chapeau ? Et si en levant les yeux demain sur lui, tu n’allais plus rien déceler de ce qui hier ressemblait encore à lui ? Cauchemar. Coupez!

Oui mais alors ? Comment s’engager dans un processus dont on ignore où il mène ? »

N’est-ce pas ce qui vaut au verbe « se marier » le synonyme de « se mettre la corde au cou » ? Ce qu’a décrit Singer, sans ambages, n’est-ce pas l’objection de beaucoup au mariage ? Se marier, c’est perdre sa liberté. En choisir un, se refuser à tous les autres. Suivons, encore  l’auteur.

« Mais que le piège puisse aussi s’appeler «liberté», qui le soupçonne encore ? Lorsqu’elle est bafouée et victime d’un malentendu, lorsqu’elle est comprise comme l’abrogation de toute obligation, de tout engagement, de toute relation profonde, la pseudo-liberté mène droit à l’entropie, au désenchantement et à la mort. Seule la puissance des limites fait que l’esprit se cabre, s’enflamme, s’élève au-dessus de lui-même. Devant une toile immense dont il ne verrait pas les bords, tout peintre aussi génial fût-il baisserait les bras. C’est la restriction de la toile, sa limitation même qui exaltent ses pinceaux. »

À l’heure du non-engagement, c’est déjà plutôt intéressant. Rappelons-nous que ce n’est pas un ecclésiastique qui parle ! Mais Singer poursuit, «si le mariage n’était que l’union d’un homme et d’une femme, il ne pèserait pas lourd. Ce qui rend le mariage si fort et si indestructible, c’est qu’il réunit un homme et une femme autour d’un projet.» On n’en saura pas plus sur «le projet», c’est frustrant. Mais, de toute façon, le projet, ne le connaît-on pas? Il nous a déjà été révélé. Bien avant que Singer ne prenne la plume… Un appel à persévérer dans le don de soi, à l’exemple de Jésus, car rien ne glorifie plus le Créateur, Celui qui a institué le mariage dès l’origine et qui se donne lui-même en modèle plusieurs fois.*

Ici, Singer me surprend encore par sa lucidité.

« Que cet état soit difficile à vivre, exigeant et inconfortable, qui le contestera? En mariage, l’autre me confronte aux limites de mon être. Avec une ingéniosité étonnante, déjouant tous les gardiens, il s’introduit dans les coulisses. Il ne lui suffit pas de me voir produire en scène, tenir ma part tant bien que mal, livrer mon quota de vie diurne et montrable, il lui faut s’introduire dans la loge, là où poudre et sueur se mêlent, où la vulnérabilité est à son nadir, où l’enfant des profondeurs à l’abri des regards, épuisé, las, se recroqueville. (…)

Ce qui rend le mariage si lumineux et si cruellement thérapeutique, c’est qu’il est la seule relation qui mette véritablement au travail. Toutes les autres relations aventureuses et amicales permettent les délices de la feinte, de l’esquive, de la volte-face et de l’enjouement. Car mieux vaut mettre l’autre à dure épreuve que lui manifester une bienveillance de bon aloi qui n’engage à rien. A partir de cette authenticité qui provoque, écorche et dérange, le chemin mène au mystère de l’être.

Ce que je tente d’exprimer est autre chose encore : les épreuves ne sont pas en mariage le signe qu’il faut clore l’aventure mais souvent, bien au contraire, qu’il devient passionnant de la poursuivre. »

«Le chemin mène au mystère de l’être.» Je vous l’accorde, ça a des relents d’ésotérisme… Mais, remplaçons cela par le chemin mène à la sanctification. C’est éclatant de vérité, non ? Je ne sais plus qui disait que notre nature véritable est celle qui se dévoile quand nous sommes à la maison. Alors, par le mariage nous recevons la grâce d’un autre au contact duquel se révèlera, mieux qu’avec personne, la vieille nature dont nous avons à nous dépouiller. Et, un autre à aimer, à servir, à pardonner, à l’imitation du Christ. Et réciproquement.

« Pitié pour ceux qui se marient pour être heureux.

Pitié pour ceux qui, par malheur, seront trop longtemps heureux de ce bonheur anodin qu’on leur souhaite au jour de leurs noces – trop longtemps amoureux de l’amour inoffensif des lunes de miel !

Le mariage a pour nous d’autres ambitions. »

* À cet égard, la parution récente en français de Gary Thomas, Vous avez dit oui à quoi ?, est à lire.

Vous avez dit Oui à quoi? Livre de la rentrée littéraire chrétienne?

N’ayant lu aucun autre livre de cette rentrée littéraire, je ne sais pas si Vous avez dit OUI à quoi? est vraiment LE livre de cette rentrée. Mais je peux vous assurer qu’il est très bien placé. C’est un très très bon livre. Les livres sur le mariage, il y en a beaucoup. Mais celui-ci est différent. Loin d’un livre de petites recettes pour avoir un meilleur mari en 31 jours ou une épouse qui t’apporte le petit-déjeuner au lit avant la fin de la semaine, ce livre, c’est du lourd. Gary Thomas mène une réflexion biblique profonde sur le but de Dieu pour notre mariage.

Une amie (50 ans+) m’a dit: C’est le meilleur livre sur le mariage que j’ai jamais lu." Croyez-moi, une chrétienne de cet âge a lu beaucoup de livres sur le mariage. J’ai rencontré un conseiller familial en Italie. On a parlé de livres et m’a dit qu’il conseillait à tout le monde… Vous avez dit OUI à quoi? (en italien bien sûr). Mon expérience est bien plus petite. Mais lors de notre préparation au mariage, nos conseillers (Allemands) nous ont conseillé d’acheter Vous avez dit OUI à quoi? et de le lire ensemble.

Le livre vient de sortir. Je ne vais pas avoir le temps d’écrire une recension. Mais je ne voulais pas rater l’occasion d’en parler. Le livre est disponible chez tout libraire chrétien et sur www.blfeurope.com.

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