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Les différences entre la méditation chrétienne et bouddhiste

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Le bouddhisme étant à la mode en France, la citation suivante est très utile et très importante. Dominique Angers, professeur à l’Institut biblique de Genève, montre comment la méditation bouddhiste est tout le contraire de la méditation chrétienne:

«Si la méditation bouddhiste propose un voyage intérieur, la méditation biblique, de son côté, nous permet de découvrir une réalité qui est extérieure à nous: celle de Dieu. Les méditants bouddhistes aspirent à se transformer eux-mêmes; les méditants chrétiens, si je peux m’exprimer ainsi, supplient Dieu d’agir en eux. Les uns s’appuient sur des techniques de respiration; les autres comptent sur le souffle de l’Esprit divin pour illuminer les yeux de leur cœur (Éphésiens 1.17-18). Les uns se lancent à la recherche du trésor enfoui au fond d’eux-mêmes; les autres  scrutent les trésors que renferme l’Écriture. Le chrétien, par définition, est une personne qui reconnaît son besoin d’une aide extérieure à lui.»

Angers, Dominique. La Méditation biblique à l’ère numérique. Marne-la-vallée: Farel, 2012. (p.6)

Pour aller plus loin:

• Lire nos recensions du livre: Celle de Myriam et celle de Stéphane.

CITATION L’importance du cerveau lorsqu’on médite la Bible

LIVRE C’est quoi une Église en bonne santé?

Eglise-Santé-Dever"C’est quoi l’Église idéale pour vous?" Nous avons tous une opinion sur le sujet. Dans L’Église: un bilan de santé, le pasteur Mark Dever nous encourage à aller un pas plus loin: de passer de la simple opinion à une réelle conviction biblique. Dans cette recension, je résume le livre, je cite quelques points forts et faibles et je termine en donnant mon avis.

Pour qui est ce livre?

Eglise-Bilan-Dever-fullC’est un livre pour tous. Dever commence en disant qu’il parle avant tout à tous les chrétiens, pas juste les pasteurs. Car la Bible à plusieurs reprises souligne l’importance et la responsabilité de toute l’assemblée d’une Église à veiller sur sa doctrine et son enseignement (Ga 1.6; 1Co 5).

Je pense que c’était ma première découverte du livre. Au regard de la couverture et du titre, je ne me rendais pas compte que c’était un livre grand publique. Notez que c’est un livre qui peut aussi être particulièrement intéressant pour ceux qui ne voient pas l’importance d’être membres d’une Église locale.

Bref résumé du livre

Dever aborde dans une première partie des sujets de base. Chapitre 1: qu’est-ce qu’un chrétien? Chapitre 2: Qu’est-ce que l’Église? Au chapitre 3 on explore le but ultime de Dieu pour l’Église et au chapitre 4 il explique pourquoi c’est la Bible notre seul livre fiable pour vivre une vie d’Église qui reflète le caractère de Dieu (voir mon avis sur sur le chapitre 3 sous la section "Points forts").

Dans la deuxième et troisième partie, l’auteur développe les neuf caractéristiques d’une Église en bonne santé. Il explique que ces neuf attributs ne couvrent pas tous les sujets importants d’une Église. Mais qu’ils «pourraient plutôt établir la distinction entre une Église biblique, saine et bien portante et l’une de ses nombreuses sœurs malades. Ces neufs signes sont trop souvent absents aujourd’hui et ont, par conséquent, grand besoin d’être relevés et cultivés dans nos Églises.»
La deuxième partie traite les trois caractéristiques essentielles: la prédication par exposition du texte (#1), la théologie biblique (#2) et une compréhension de l’Évangile fondée sur la Bible (#3). La troisième partie traite des six autres indicateurs ("importants"): ils s’agit d’une compréhension biblique de la conversion (#4), de l’évangélisation (#5) et de l’affiliation des membres (#6), la discipline d’Église exercé bibliquement (#7), un souci de faire des disciples qui grandissent rapidement en maturité (#8) et une structure de leadership biblique (#9).

Dever dit: "Les neuf caractéristiques décrites dans ce livre sont bibliques et font autorité pour les Églises de Jésus-Christ. Néanmoins, la distinction entre les indicateurs essentiels et ceux qui sont importants doit servir à nous rappeler que la sanctification, dans la vie de l’Église, comme dans nos vies personnelles, est un long processus." En bref, les caractéristiques essentielles sont non-négociables, mais il ne faut pas obligatoirement quitter son Église si elle ne fait pas preuve de toutes les caractéristiques importantes (p. 69) (voir ma remarque ci-dessous).

Points forts

Les neuf caractéristiques d’une Église en bonne santé sont vraiment utiles. Utiles pour savoir quoi regarder dans une Église. Utiles pour savoir vers quoi viser en tant qu’assemblée.

Le chapitre 3 sur le but de Dieu pour l’Église est vraiment à lire. Dever commence avec cette définition: "Une Église saine est une assemblée qui reflète chaque jour un peu plus le caractère de Dieu, tel qu’il a été révélé dans sa Parole." Il fait ensuite un survol rapide de la Bible pour montrer les fondements bibliques de cette définition. C’est le chapitre qui fait ressortir le mieux une des forces de Dever: son don à prêcher sur des livres entier de l’Ancien Testament en un message.

On ne peut pas le dire trop souvent. Qu’il ait mis la prédication textuelle en #1 est intentionnel et important. Si c’est la première fois que vous entendez parler de ce genre de prédication, lisez les 5 pages du chapitre 5. Vous comprendrez que Dever voit la prédication comme le repas principal que reçoivent les membres de l’Église et l’alimentation doit être saine et équilibrée. Il précise quels genres de prédication ne sont pas textuelles:

Quelquefois, les gens identifient la prédication par exposition du texte au fait de lire un version, puis de l’utiliser pour enseigner librement sur un sujet qui y serait lié. Mais lorsqu’un prédicateur exhorte une assemblée sur un thème qu’il a choisi, se servant de textes bibliques pour appuyer ses dires, il n’enseignera jamais plus que ce qu’il connaît déjà et son auditoire n’apprendra jamais plus que ce que le prédicateur sait déjà. La prédication par exposition de texte exige davantage (p.53).

J’aime bien les deux petites "annexes" en milieu du livre. L’une propose des petits conseils pour trouver une bonne Église (p. 66-67) et l’autre (p. 48) s’adresse à ceux qui "songent à quitter leur Église."

Points faibles:

Je pense que certains lecteurs seront rebutés par l’affirmation que les neuf caractéristiques sont bibliques. C’est surtout la prédication textuelle (#1) qui rebutera plus d’un lecteur. Comprenez-moi. Je pense que les meilleures prédications sont les prédications textuelles (càd: ou l’idée principale du texte biblique est l’idée principale de la prédication). Mais le livre aurait gagné en force si Dever avait pris plus de place pour défendre son affirmation que la prédication textuelle est une caractéristique biblique d’une Église en bonne santé.

J’ai trouvé le style du livre plutôt lourd. Sachant que Mark Dever est un grand lecteur, un auteur prolifique et qu’il a un doctorat de Cambridge en histoire de l’Église, je suppose que c’est la traduction qui est coupable.

Enfin, je regrette le manque de contextualisation du livre. Par exemple: ce sont exclusivement des livres anglais sur l’évangélisation qui sont recommandés (p. 74). Autre exemple, l’auteur, déplorant l’écart important entre le nombre de membres dans une église et le nombre des personnes qui assistent au culte, cite des statistiques des Églises baptistes du Sud (p. 82). Qu’en est-il des Églises françaises? A-t-on aussi des écarts? On n’en parle pas.

Mon avis sur L’Église: un bilan de santé

Le besoin pour des livres exhortant à une Église plus saine est énorme. Ce petit livre est une bonne introduction pour réfléchir à ce qu’on recherche dans un Église. J’adhère vraiment aux idées de Mark Dever.

Un risque à la lecture du livre est peut-être de devenir amer et de se dire: Est-ce qu’il existe une seule Église comme ça dans ma ville? Pour vous rassurer, notre Église actuelle (en Allemagne) ne prêche pas des prédications textuelles (Signe #1). Les sermons sont des thèmes avec tout un assortiment de versets retrouvés sur le thème grâce à une concordance. Pourtant Dieu n’attend pas qu’on prêche textuellement pour agir pour le salut de la ville et pour sa gloire (mais le risque de dérive de l’Église est plus grand). Dieu agit par bien des manières malgré l’absence d’une caractéristique essentielle.

Pour conclure, je termine avec les mots de Mark Dever nous encourageant à lire ce livre:

Vos pasteurs paraîtront devant Dieu pour rendre compte de la manière dont ils auront conduit votre assemblée (Hé 13.17). Par contre, chacun des disciples du Seigneur Jésus-Christ devra également s’expliquer: nous sommes-nous assemblés régulièrement avec l’Église? Avons-nous incité les autres à l’amour et aux bonnes œuvres? Avons-nous confessé sans fléchir l’espérance de l’Évangile, en combattant pour maintenir un enseignement juste (Hé 10.23-25)?

L’Église: un bilan de santé (Mark Dever) est vendu sur Amazon.fr, chez les éditions CLE et dans toute bonne librairie.

Pour aller plus loin:

• Consultez le sommaire du livre.
C’est quoi une prédication biblique?
Lisez gratuitement l’introduction et une partie du Chapitre 1 de L’Église un bilan de santé.
Combien d’heures un pasteur devrait travailler ?

Comprendre le sermon sur la montagne

Sermon-MontagneLe sermon sur la montagne est la prédication la plus connue au monde et peut-être aussi la plus souvent mal comprise. Soit ce sermon de Jésus est vu comme un modèle de bon enseignement, "voilà comment on doit vivre!" soit il pousse au désespoir: "comment est-ce possible de vivre comme ça? Personne n’est aussi bon!" Le lecteur passe souvent à côté de l’importance de Matthieu 5.20.

George E. Ladd:

Voici l’essentiel de l’enseignement éthique de Jésus: il faut renoncer à une justice acquise par soi-même et avoir la volonté de devenir comme des enfants qui n’ont rien et doivent tout recevoir. Les scribes n’avaient pas envie de renoncer à la fierté qu’ils éprouvaient pour leur propre justice, pour pouvoir, dans l’humilité, recevoir le don de la justice de Dieu. Tant qu’ils se sont considérés comme justes (Mc 2.17; Lc 18.9), ils n’ont ressenti aucun besoin d’un don de Dieu. […]

La justice du sermon sur la montagne est aussi don de Dieu. La promesse de rassasier ceux qui ont faim et soif de justice (Mt 5.6) est faite à ceux qui sont conscients de leur propre injustice, mais qui ont faim et soif d’être en règle avec Dieu.

Ladd, GE, et France, RT. Théologie du Nouveau Testament. Vol. 1. 3 vols. Lausanne ; Paris: PBU ; Sator, 1984.

Pour aller plus loin:

Pourquoi les gens détestent le Sermon sur la Montagne (Tim Keller) [ENG]
Sermon le plus célèbre de Jonathan Edwards: Entre les mains d’un Dieu en colère

Cinq choses que chaque fille a besoin d’entendre de la part de son père

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C’est bientôt la fête des pères ! On a réservé aux papas un petit cadeau en avant-première: la traduction d’un très bon article [ENG] de Daniel Darling. 

Je suis le papa de quatre beaux enfants, dont trois filles. Ma fille ainée a huit ans et chaque année qui passe depuis sa naissance, je deviens plus conservateur dans tout ce qui concerne mes filles. Je ne suis pas un fan d’armes à feu mais je pourrais le devenir dès qu’il sera question d’attendre sur le porche le premier mec qui ose me demander de sortir avec l’une de mes filles.

Plus sérieusement, j’aime être le papa de filles. Il y a quelque chose dans le fait d’avoir une fille qui adoucit un homme, ajoute une certaine tendresse à son âme. Et dans cet esprit, j’aimerais partager cinq choses que chaque fille a besoin d’entendre de la part de son père:

1) Ta maman est belle et elle est aimée. Le plus beau cadeau que vous pouvez faire à votre fille c’est de lui montrer comment un homme se conduit avec une femme. Laissez-lui voir modelé en vous, bien qu’imparfaitement, le don de l’amour de Dieu entre un homme et une femme. Dites quotidiennement à votre femme qu’elle est belle, que vous l’aimez et que vous êtes heureux d’être son époux. Dites-lui que vous êtes engagé avec elle pour la vie. Et parfois, dites-lui ces choses en présence de vos enfants.

2) Tu es belle et tu es aimée. C’est quelque chose que vous devez dire à votre fille au moins une fois par jour et probablement plus souvent que ça. Lui dire une fois de temps en temps ne suffit pas. Je ne suis pas psychologue,  mais les filles qui se savent aimées de leur père grandissent avec plus d’assurance en elles-mêmes et ont tendance à éviter de chercher l’amour partout où il ne faut pas. Entendre dire qu’elle est belle, c’est de l’oxygène pour l’âme de votre fille. Dites-le lui donc souvent, différemment et créativement.

3) Tu appartiens à Dieu et tu as été crée pour sa gloire. Les filles luttent fréquemment contre l’insécurité dans un nombre de domaines: leur poids, leur look, leurs amis. Peut-être se sentent-elles souvent sans importance ou non désirées, même dans un foyer où il y a de l’amour. C’est  pourquoi, vous devez, en tant que père, leur rappeler qu’elles sont des créatures merveilleuses d’un Créateur qui avec amour les a formé à son image. Vous devez lire avec elles les mots de David, « je suis une créature étonnante et merveilleuse » du Psaume 139. Ce passage doit être entouré, souligné, lu et relu dans votre Bible et être quelque chose d’intériorisé par vos filles en vue des moments de doute.

4) Tu es pardonnée. Vos filles vont se planter. Elles vont pécher. Elles vont vous décevoir. Et, si vous n’avez pas la Bonne Nouvelle de l’Évangile au centre de votre famille, votre fille pourrait grandir en se demandant comment être à la hauteur de vos attentes ou que faire avec ses péchés. Évangélisez votre fille et faites-en un disciple. Enseignez-lui la discipline chrétienne vitale de la repentance et du pardon. La repentance pour ses péchés et le pardon pour ceux des autres. Faites-lui savoir que Christ est toujours prêt avec des provisions de grâce. Faites-lui savoir qu’elle doit avoir recours à cette grâce non seulement pour elle-même, mais aussi à l’égard des autres qui vont la blesser.

5) Tu es acceptée. Quoi que vous fassiez, ne laissez pas votre fille consommer le poison de la culture ambiante qui mesure la valeur d’une femme à son indépendance, à son aptitude à donner librement de sa pureté. Ne la laissez pas un seul instant gober le mensonge que la liberté sexuelle est autre chose qu’un esclavage de la pire sorte, le chemin de l’ennemi pour voler la créativité, la beauté et le but pour lequel elle a été créée. Enseignez-lui que rechercher chez un homme (indice : pas les flemmards que vous voyez à la télé). Aussi : soyez cet homme-là pour qu’elle sache à quoi ça ressemble. Décrivez-lui la magnifique image de la féminité dépeinte par le Créateur. Son acceptation d’elle-même, sa perception d’elle, sa valeur sont attachées à son exceptionnelle vocation de fille de Dieu.

NDT : On a préféré inverser les deux premiers points de l’original.

Pour aller plus loin:

Combien d’heures un pasteur devrait-il travailler ?
TIM KELLER sur l’importance du Sabbat et du Repos
VIDÉO Le discipulat par l’exemple (Avec voix de Don Carson)

Un lapsus révélateur sur la prière

Certains lapsus ne veulent rien dire, mais d’autres expriment des tonnes. On vient de vivre des semaines difficiles. Quelqu’un qu’on aime était à l’autre bout du monde, en grande difficulté et on ne pouvait rien faire sauf prier. C’est en tout cas ce que je ressentais et ce dont je me suis plaint à plusieurs reprises. Jusqu’à ce que je réalise l’absurdité de ce que je disais: "Je ne peux rien faire sauf prier?"

Parfois on pense avoir la bonne théologie, juste parce qu’on est capable de formuler les réponses correctes. Mes paroles durant cette crise révélaient l’état de mes vraies connaissances. Dans la vie quotidienne, j’ai l’impression de ne rien faire quand je prie. Et j’ai sorti cette absurdité alors que j’étais en train de mémoriser 1 Jean 5.14-15 qui dit:

Voici l’assurance que nous avons auprès de lui. Si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu’il nous écoute, quoi que ce soit que nous lui demandions, nous savons que nous possédons ce que nous lui avons demandé.

Et quelques semaines auparavant j’avais médité et mémorisé Ésaïe 30.15, un magnifique passage qui nous encourage à placer toute notre confiance dans l’Éternel:

Car ainsi à parlé le Seigneur, l’Éternel, le Saint d’Israël: C’est dans le retour à Dieu et le repos que sera votre salut. C’est dans le calme et la confiance que sera votre force.

Et voilà que nous étions, j’ose croire, des centaines à prier pour quelqu’un en détresse à l’autre bout du monde. On priait que Dieu agisse, sauve, guérisse pour la gloire de son nom. Oui, on ne pouvait rien faire sauf prier. Mais c’était loin de ne rien faire. C’était revenir à Dieu. C’était nous reposer en lui seul, puiser en lui notre confiance. Et Dieu a agi miraculeusement. À lui seul soit la gloire.

LIVRE La doctrine difficile de l’amour de Dieu (Carson)

Doctrine-Amour-Dieu

marcadamus.com

Je publie ici un résumé d’un excellent petit livre de Don Carson: The Difficult Doctrine of the Love of God. J’ai lu le livre d’une traite. J’en suis ressorti essoufflé, la tête en surchauffe et heureux d’avoir pu vivre ces quelques heures à gratter la surface de la diversité et la complexité des façons dont Dieu parle de son amour dans la Bible. Ça fait longtemps que je souhaitais faire une recension du livre. J’étais donc enchanté d’apprendre l’existence d’une superbe synthèse en français du livre. La Bible est le seul "must-read", mais cette synthèse des manières dont Dieu parle de son amour est très utile.

Ce résumé est paru dans le numéro 185 de Promesses (pas encore disponible sur leur site). En fin d’article, vous trouverez le lien vers le PDF gratuit du livre complet en anglais et vers la version papier. MA: Frédéric Mondin, secretaire d’édition pour les éditions BLF et rédacteur en chef du numéro de Promesses.

Synthèse: La doctrine difficile de l’amour de Dieu
(Joël Prohin)

Donald Carson, professeur de Nouveau Testament à la Trinity Evangelical Divinity School et auteur prolifique, est l’un des théologiens les plus éminents et les plus reconnus. À la suite de plusieurs conférences, il a publié un bref ouvrage en anglais intitulé The Difficult Doctrine of the Love of God (Crossway, 2000), encore inédit en français. À travers cet article, nous donnons un résumé adapté du début du livre et de son thème principal, en espérant que nos lecteurs qui peuvent lire l’anglais puissent bénéficier du texte intégral.

Pourquoi la doctrine de l’amour de Dieu doit être considérée comme difficile

Le titre de ce livre peut à juste titre surprendre : en effet, si l’on pense à des doctrines difficiles, c’est plutôt la doctrine de la Trinité ou celle de la prédestination qui viennent à l’esprit.

L’immense majorité des croyants aujourd’hui maintient que ce Dieu est un être d’amour. Mais c’est précisément ce qui rend la tâche difficile, car cette croyance largement disséminée en un Dieu d’amour s’insère dans une vision du monde très éloignée de la révélation biblique. Aussi, quand des chrétiens avertis parlent de l’amour de Dieu, ils lui donnent un sens très différent de celui de la culture ambiante.

Dans notre culture, l’amour de Dieu a été purgé de tout ce qu’elle trouve inconfortable : il a été aseptisé, démocratisé et par dessus tout sentimentalisé. Autrefois tout le monde croyait à la justice de Dieu ; aujourd’hui c’est beaucoup plus difficile. Même chez les chrétiens, on tend de plus en plus à présenter un Dieu qui « ressent » plus qu’il n’agit, qui « pense » plus qu’il ne dit.

Un courant culturel postmoderne, puissante, renforce la vision syncrétiste, sentimentale et souvent pluraliste de l’amour de Dieu.

Un des résultats les plus dangereux de l’influence de ces versions contemporaines sentimentales de l’amour est l’incapacité généralisée de l’Église de se pencher sur les questions fondamentales qui nous permettent seules de maintenir une doctrine de Dieu bibliquement équilibrée.

À l’intérieur même des cercles chrétiens, la doctrine de l’amour de Dieu est parfois dépeinte comme plus facile et plus évidente qu’elle n’est réellement.

Cinq façons différentes dont la Bible parle de l’amour de Dieu

1. L’amour particulier intra-trinitaire entre le Père et le Fils

L’Évangile selon Jean est particulièrement riche sur ce thème. Deux fois il est dit que le Père aime le Fils (Jean 3.35 ; 5.20). L’évangéliste insiste aussi sur le fait que le monde doit apprendre que Jésus aime le Père (Jean 14.31). Cet amour intra-trinitaire de Dieu non seulement distingue le monothéisme chrétien de tous les autres monothéismes, mais il est également, selon des modalités surprenantes, à la base de la révélation et de la rédemption.

2. L’amour providentiel de Dieu pour sa création

La Bible n’utilise pas vraiment le verbe « aimer » dans ce sens, mais ce thème y est pourtant facile à trouver. Dieu crée toutes choses et, avant qu’il y ait la moindre trace de péché, il déclare que tout ce qu’il a fait est « bon » (Gen 1). C’est l’œuvre d’un Créateur aimant. Le Seigneur Jésus décrit un monde dans lequel Dieu revêt l’herbe des champs d’une gloire supérieure que les hommes ne voient pas, peut-être, mais que Dieu voit. Les oiseaux trouvent de la nourriture, mais c’est le résultat de la providence aimante de Dieu et pas un passereau ne tombe sans que Dieu le Tout-puissant ne l’ait permis (Mat 6).

3. L’amour salvateur de Dieu pour un monde perdu

Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils (Jean 3.16). La même vérité se trouve dans de nombreux passages des Écritures. Même si Dieu juge le monde, il se présente aussi lui-même comme le Dieu qui invite et ordonne à tous les êtres humains de se repentir. Aux rebelles, le Seigneur souverain crie : « Je suis vivant ! ce que je désire, ce n’est pas que le méchant meure, c’est qu’il change de conduite et qu’il vive. Revenez, revenez de votre mauvaise voie ; et pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël ? » (Éz 33.11)

4. L’amour particulier de Dieu pour ses seuls élus

Les élus peuvent être la nation d’Israël dans son ensemble ou l’Église comme corps ou des individus. Dans chaque cas, Dieu met son affection sur ses élus comme il ne la met pas sur les autres. L’élément distinctif n’a rien à voir avec un mérite personnel ou national (Deut 7.7 ; 10.14) ; il n’est rien d’autre que l’amour de Dieu. À l’évidence, cette façon de parler de l’amour de Dieu diffère des trois précédentes. L’aspect discriminant de l’amour de Dieu apparaît souvent : « J’ai aimé Jacob, et j’ai eu de la haine pour Ésaü », déclare Dieu (Mal 1.2-3). De même, dans le N.T., Christ « a aimé l’Église » (Éph 5.25).

5. L’amour conditionnel de Dieu pour ceux qui lui obéissent

Cette facette de l’amour divin a trait à la structure relationnelle de notre connaissance de Dieu. Non pas à la façon dont nous devenons des disciples du Dieu vivant, mais à notre relation avec lui une fois que nous le connaissons. « Maintenez-vous dans l’amour de Dieu », exhorte Jude (Jude 22), laissant l’impression indubitable que quelqu’un pourrait ne pas se maintenir dans l’amour de Dieu. Le Seigneur Jésus commande à ses disciples de demeurer dans son amour (Jean 15.9-10).

Illustrons par une faible analogie : bien que, dans un sens, mon amour pour mes enfants soit immuable, indépendant de ce qu’ils font, il y a un autre sens dans lequel ils savent très bien qu’ils doivent demeurer dans mon amour : si mes adolescents rentrent sans raison valable après l’heure prescrite, ils subiront mes remontrances et seront punis. Inutile de leur rappeler que je fais cela par amour pour eux. C’est vrai, mais la manifestation de mon amour pour eux n’est pas la même quand je les gronde ou quand je les emmène au spectacle. Dans ce dernier cas seulement, ils se sentiront demeurer dans mon amour plutôt que tomber sous ma colère.

Trois observations sur ces différentes façons de parler de l’amour de Dieu

1. Ne pas absolutiser une de ces façons

Il est facile de voir ce qui arrive si l’une de ces cinq façons bibliques de parler de l’amour de Dieu est absolutisée et considérée comme la seule valable, ou bien si elle devient le prisme à travers lequel les autres façons de parler de l’amour de Dieu sont relativisées.

1. Si nous commençons par l’amour intra-trinitaire de Dieu et l’utilisons comme modèle pour toutes les relations d’amour de Dieu, nous ne maintiendrons pas les distinctions qui doivent être faites. L’amour du Père pour le Fils et l’amour du Fils pour le Père s’expriment dans une relation parfaite, non ternie par le péché d’un côté comme de l’autre. Bien que l’amour intra-trinitaire serve de modèle à l’amour entre Jésus et les siens, une focalisation exclusive ne tiendrait pas compte de la façon dont Dieu s’est manifesté lui-même à des êtres rebelles.

2. Si l’amour de Dieu n’est rien d’autre que sa direction providentielle, nous ne sommes pas loin de l’idée d’une « force » bienveillante quoique mystérieuse. Il serait facile d’inclure ce point de vue dans une forme de panthéisme. L’écologie y trouverait son compte, mais pas la grande histoire du salut, qui nous conduit de la création aux nouveaux cieux et à la nouvelle terre, par le chemin de la croix et de la résurrection de notre Maître.

3. Si l’amour de Dieu est décrit exclusivement comme un élan passionné, ardent pour inviter le pécheur, nous pourrons apporter de l’eau au moulin des arminiens, des semi-pélagiens, ou d’autres qui mettent l’accent sur la vie émotionnelle de Dieu au détriment de sa justice et de sa gloire, mais la perte sera grande. Absolutisée, cette vision (qui a sa part de vérité) occulte certains textes complémentaires et dépouille Dieu de sa souveraineté. Au pire, on en arrive à un Dieu si insipide qu’il ne peut ni intervenir pour nous sauver ni nous châtier, parce que son amour est dit « inconditionnel ».

4. Si l’amour de Dieu se réfère exclusivement à son amour pour les élus, il est facile de dériver vers un dualisme simpliste et absolu : Dieu aime les élus et hait les réprouvés. Bien comprise, cette assertion contient une part de vérité ; séparée des vérités bibliques qui viennent la compléter, elle a engendré l’hyper-calvinisme. Même s’ils ne sont pas nombreux aujourd’hui, on trouve de jeunes pasteurs réformés qui savent qu’il est juste de proposer l’Évangile du salut par grâce mais qui n’ont aucune idée de comment le faire, sans porter atteinte à certains éléments de leur conception de la théologie réformée.

5. Si l’amour de Dieu est analysé uniquement comme la réponse de Dieu à notre obéissance, le danger qui nous guette change encore. Il est vrai que, si nous sommes dans une église caractérisée par le laxisme plutôt que par la crainte de Dieu, insister sur ce côté est sans doute approprié. Mais si l’on oublie les autres aspects complémentaires de l’amour de Dieu, on peut glisser vers la théologie du mérite, en se tourmentant constamment pour savoir si nous avons été suffisamment fidèles aujourd’hui pour mériter l’amour de Dieu.

Bref, nous avons besoin de tout ce que l’Écriture dit sur ce sujet, ou sinon les ramifications doctrinales et pastorales peuvent se révéler désastreuses.

2. Intégrer ces diverses facettes

Nous ne devons pas voir ces différentes façons de parler de l’amour de Dieu comme indépendantes, compartimentées. Dieu est Dieu et il est un. Non seulement nous devons reconnaître avec gratitude que Dieu, dans sa parfaite sagesse, a pensé préférable de nous présenter ces différentes façons de parler de son amour, mais nous devons aussi les garder ensemble et apprendre à les intégrer selon un équilibre biblique. Nous devons les appliquer à nos vies et à ceux à qui nous présentons la Parole avec une pertinence et une sensibilité façonnées par la façon dont ces vérités fonctionnent dans l’Écriture.

3. Revisiter certains « clichés évangéliques »

Dans ce contexte, on peut bien se demander si certains « clichés évangéliques » sont toujours valables.

– « L’amour de Dieu est inconditionnel » : Sans doute, c’est vrai dans le 4e sens, en rapport avec l’amour électif de Dieu. Mais ce n’est certainement pas vrai dans le 5e sens : la discipline que Dieu exerce sur ses enfants signifie qu’il peut se détourner de nous : c’est l’équivalent divin de la « colère » d’un père contre son fils adolescent indiscipliné. Aussi, rappeler à un chrétien qui s’enfonce dans le péché le cliché : « L’amour de Dieu est inconditionnel », peut lui donner une fausse impression et causer de graves dommages. Un tel chrétien doit plutôt entendre qu’il ne demeurera dans l’amour de Dieu que s’il fait ce que Dieu dit. Il est donc évident que, sur un plan pastoral, il est important de savoir quels passages et quelle façon d’aborder l’amour de Dieu il faut présenter à telle personne et à tel moment.

– « Dieu aime tout le monde exactement de la même manière. » C’est certainement vrai pour les passages relatifs à la 2e et à la 3e catégorie, dans le domaine de la providence. Après tout, Dieu envoie son soleil et sa pluie autant sur les justes que sur les injustes. Mais ce n’est certainement pas vrai des textes appartenant à la 4e catégorie, le domaine de l’élection.

Ainsi il est clair que ce que la Bible dit sur l’amour de Dieu est plus complexe et plus nuancé que les slogans le disent. Pour être des chrétiens fidèles, nous sommes donc responsables de grandir dans notre compréhension de ce que signifie confesser que Dieu est amour.

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Pour aller plus loin:

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• NotreEglise.com a publié de nombreux autres articles sur Don Carson.

Le parc Disneyland de Dieu ?

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«Etats-Unis. L’arche des créationnistes», en première du Courrier international (N°1175). Les hypothèses fusent le temps que je tourne les pages… pour tomber sur le plan du projet… d’un parc d’attractions. Juste un peu surprise. 

Je lis l’article «Avant nous, le déluge !» [réservé aux abonnés sur le site de l’hebdomadaire français mais disponible en V.O, «The ark builders», sur celui du Financial Times avec en bonus un tas de photos]. J’apprends que l’arche de Noé est en construction pour un parc d’attractions du beau nom de Ark Encounter [Rencontre avec l’Arche] dans le Kentucky. Je savais les évangéliques doués pour  présenter un message hérité du passé dans le monde d’aujourd’hui avec les techniques de demain. Je souris tout de même un peu devant les moyens mis en oeuvre par Answers in Genesis [Réponses dans la Genèse], le mouvement à l’origine de l’entreprise, pour prouver que «le premier livre de la Bible n’est pas une parabole mais bien un récit historique tout à fait plausible». J’ai bien dit : je souris devant les moyens, pas l’objet à prouver !

ark-plaza-designEcoutons l’ingénieur en chef : «Notre idée, c’est que le Déluge a bien eu lieu. S’il est réel, alors l’arche a existé aussi.» Le but est de prouver qu’il a pu être construit et entretenu car «si je peux en faire autant pour chaque aspect de cet événement, pour montrer que la Bible n’est pas seulement une fable mais qu’elle relate des faits historiques, vous relirez peut-être les Saintes Ecritures, Dieu vous parlera et j’aurai accompli quelque chose.»

Travailler à donner le goût de la lecture confiante en les Saintes Ecritures, d’accord. A donner une base scientifique au créationnisme, d’accord aussi. Rien de nouveau sous le soleil, «la société licencieuse punie par le déluge» -ce sont les mots de notre ingénieur- ne diffère pas tant que ça de la nôtre, d’accord encore. Mais, en guise de rappel, faire traverser les visiteurs d’un parc par une «cité du vice», édifiée en stuc, où seront représentés la prostitution, la torture et les combats en cage, hum… pas trop d’accord.

En tout cas, ça fait travailler les neurones tout ça ! «Si Noé avait un couple de 1000 à 2000 espèces, les nourrir et nettoyer le navire devait représenter un travail titanesque. Pour montrer comment il aurait pu s’en sortir, il (notre fameux ingénieur) a conçu une machine à compresser le foin en minicubes afin d’optimiser l’espace. Il a aussi imaginé un tapis roulant en bois et en tissu pour évacuer le fumier sur les côtés. Aux alentours de l’arche et dans tout le parc, des acteurs déguisés en personnages bibliques ou en animaux joueront des saynètes.»

Les mannequins représentant Adam et Eve au musée de la Création, grand frère de Ark Encounter, ouvert en 2007 à Petersburg (Kentucky)

Les mannequins représentant Adam et Eve au musée de la Création, grand frère de Ark Encounter, ouvert en 2007 à Petersburg (Kentucky)

Bon, en fait, «pas d’accord», c’est en partie juste l’avis d’une petite française plus à l’aise avec les démonstrations à la Keller (voir «La science démontre la fausseté du christianisme» dans La raison est pour Dieu) et pas trop familière du gigantisme prôné outre-Atlantique. Je ne cherche pas à démontrer que Ark Encounter est une mauvaise œuvre ou que Dieu n’est pas glorifié par elle ou quoique ce soit… En revanche, j’aimerais comme cet ingénieur, moi aussi, que les Ecritures soient prises au sérieux et je reconnais que la question de l’historicité de la Genèse n’est pas accessoire. Mais, justement, je me demande si ce genre de parc conduira les vrais sceptiques, ceux qui pensent le christianisme en conflit avec la science, à reconsidérer leurs croyances (encore que le ton du journaliste me donne une petite réponse!). Ce qui est recherché ultimement sera-t-il vraiment atteint? Ou Ark Encounter sera-t-il plutôt la sortie du dimanche après-midi après le culte?

A vrai dire, je n’ai pas mené d’analyse sociologique sur l’impact de ce genre de parc apologétique. De toute façon, je me trouve sur une aire culturelle bien trop différente de celle où il est construit. L’article me fait plutôt me poser la question: mais qu’est-ce que l’on peut faire, en France, pour que le mot créationnisme ne déclenche pas le sarcasme (comme en témoigne la réaction des journalistes de Télématin quand ils abordent le projet)? Je ne sais pas ce qu’est la réponse, mais je sais ce que ce n’est pas!

Pour aller plus loin :