Je viens de finir un livre époustouflant. L’auteur fait preuve d’une rare finesse dans le développement de son interprétation. Mais vous, comme moi, avez déjà une pile de "livres-à-lire-absolument-pour-lesquels-le-temps-me-manque-cruellement", n’est-ce pas ? C’est pourquoi, plutôt que d’accompagner mon simple avis d’une traditionnelle quatrième de couverture, je vais tenter de vous en faire partager quelques passages dans plusieurs articles.
- Qu’est-ce que bien aimer son ennemi ? La perfection de l’amour se trouve dans l’amour de ses ennemis. Je l’ai déjà entendu dans la bouche de plusieurs personnes, chrétiennes ou pas. Souvent, les premières comme les secondes insistaient sur la nécessité de "souhaiter du bien, même à ceux qu’on aime pas", de "ne pas vouloir le malheur d’autrui"… Et pourtant, les disciples de Jésus devraient tendre vers un idéal bien différent de celui du commun. Lisez-donc la suite !
"Notre amour pour nos ennemis ne doit pas être charnel. Souhaiter à quelqu’un la santé corporelle, c’est bien ; mais si celle-ci fît-elle défaut, que l’âme soit sauve ! Tu souhaites que ton ami vive ? tu fais bien. Tu te réjouis de la mort de ton ennemi ? tu fais mal. Mais peut-être cette vie que tu souhaites à ton ami lui est-elle nuisible, et cette mort dont tu te félicites que ton ami soit victime lui est-elle utile. On ne saurait dire si, pour tel ou tel, cette vie est un bien ou un mal ; mais la vie auprès de Dieu est, sans conteste, un bien. Aime tes ennemis en souhaitant qu’ils deviennent tes frères (…). C’est ainsi en effet qu’a aimé celui qui, suspendu à la Croix, disait : "Père, pardonne-leur, car ils ne savant pas ce qu’ils font" (Lc 23,34). Il n’a pas dit : "Père, fais en sorte qu’ils vivent longtemps ; moi, ils me mettent à mort ; mais eux, qu’ils vivent ! " Non, (…) il voulait les arracher à la mort éternelle. (…) C’est à cette perfection de l’amour des ennemis que le Seigneur nous invite lorsqu’ils dit : "Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait" (Mt 5,48)
- Mais au fait, est-ce politiquement correct ? Certains penseront que c’est intolérant. Qu’on veut modeler les autres à notre image en pensant: "incertains sont donc ces biens (à savoir santé, richesse…) que tu crois souhaiter à ton ennemi, par amour pour lui : oui, incertains. Souhaite-lui d’avoir part avec toi à la vie éternelle : souhaite-lui d’être ton frère." ?
En tout cas, c’est ainsi que le Seigneur nous a aimé quand nous étions séparés de Lui :
"L’artisan (c’est-à-dire Dieu) nous a vu comme un bois brut venu de la forêt, et, ce qu’il avait en vue, c’est l’oeuvre qu’il tirerait de là, non le bois brut. Toi de même : tu vois ton ennemi s’opposer à toi, se déchaîner contre toi, t’accabler de paroles mordantes, se rendre rude par ses affronts, te poursuivre de sa haine : mais tu es attentif au fait qu’il est homme. Tu vois tout ce que l’homme a fait contre toi ; et tu vois en lui ce qui a été fait par Dieu. Ce qu’il est en tant qu’homme, c’est l’oeuvre de Dieu ; la haine qu’il te porte, c’est son oeuvre à lui (…). Et que dis-tu en ton âme ? "Seigneur, sois-lui propice ; remets-lui ses péchés ; inspire-lui la crainte, change-le". Tu n’aimes pas ce qu’il est mais ce que tu veux qu’il soit. Donc, quand tu aimes ton ennemi, tu aimes un frère."
PS/ J’allais oublier : pour ceux, s’ils existent, qui n’ont pas de "livre-à-lire-absoluement-pour-lesquels-ils-leur-manque-cruellement-du-temps", le livre cité est celui d’Augustin d’Hippone dans Il n’y a qu’un amour : Commentaire de la Première épître de S. Jean!